vendredi 21 juillet 2017

Sur mes pas en danse: une première sortie réussie au ZH Festival

Contrairement à ce que certains croient, un spectateur de danse peut remplir son agenda de bonnes propositions en salle ou extérieure durant tout l'été. À preuve, pour ma troisième sortie de la semaine, mes pas m'ont porté jusqu'en Zome Homa, oups!!! jusqu'au ZH Festival dans la salle de présentation de la Maison de la culture Maisonneuve pour une première fois afin de découvrir le programme double, "Cessation Garden" et "Topo".

Début de soirée chanceux puisque les premières gouttes de pluie d'une forte averse ont débuté à mon entrée dans l'autobus et qu'à ma descente, le sol était fort humidifié, mais les nuages avaient déjà tout donné. Et la chance, accompagnée de plaisir, s'est poursuivie par la suite.

Dans une salle assez remplie, nous découvrons "Cessation Garden" de et avec Alaiah Schwartz et Guillaume Loslier-Pinard. De cette présentation d'une dizaine de minutes, j'en retiens que d'explorer un territoire artistique "situé dans les limbes, entre la vie et la mort", en utilisant "l'absurdité inhérente à la réalité" est une démarche fort délicate. Il y a sur la scène des plantes et une tête (avec son corps) dans des pots, y arrivera le promeneur sans vêtements, ni trop d'apparats, sinon son chapeau et son lourd sac. Nous sentons la catastrophe toute proche. Sur cette ligne mince, il me semble qu'il y manquait certains éléments ou trop de symboles déployés et pas assez de temps pour que je les suive. Il en reste que la démarche est audacieuse, demande une période d'acclimatation au spectateur et que la finale est risquée dans tous les sens du terme.

Après la pause, suit "Topo" d'Ariane Dessaulles avec Ariane Dubé-Lavigne, Laurence Dufour, Kim L. Rouchdy et Jeimy Oviedo, sans oublier l'importante contribution à la vidéo d'Émilie Allard.
D'Ariane Dessaulles, je me souviens encore de son "Struwwelpeter" (de l'allemand par Pierre l'ébourrifé). Pour moi, j'en retiens un personnage qui était au centre de son environnement avec tous les impératifs de joie, de peine et, surtout, de nombreuses contraintes dans lequel il devait évoluer.

                                                   Photo de Chloé Poirier-Sauvé

Pour "Topo", la chorégraphe poursuit dans la même veine avec "l'effet qu'ont les formes contenues au sein de la ville sur notre façon d'être et de nous mouvoir". Et cette fois, le personnage seul, laisse place à quatre jeunes femmes qui nous apparaîtront à tour de rôle, tissant "le fil invisible de leur destin" ou la carte topographique de leur monde, souvent sur le bout des pieds. Mais qu'elle est donc cette oeuvre collective à laquelle, elles travaillent? Les lumières de la salle encore allumées en début de présentation, s'éteindront pour mieux mettre en perspective la suite des choses que je qualifierais de poésie synthétique. Les différents tableaux se présentent à nous en deux tons. D'abord ceux dans lesquels les interprètes nous montrent des gestes saccadés et des déplacements linéaires comme la chorégraphe désire nous le montrer (selon le feuillet de la soirée),"explorant la trace des déplacements et nos rapports aux lieux", colorée par la géométrie inhérente à notre globe avec ses parallèles et ses méridiens. Les gestes des bras guident les intentions. Et ensuite, comme il arrive souvent , nous faisons partis des lieux et dans les tableaux durant lesquels les vidéos prennent possession de la scène, les interprètes deviennent des caméléons et sont partis prenantes des lieux. Le premier tableau "vidéo" est le plus réussi esthétiquement, mais pour moi, le deuxième est celui qui recèle une signification plus grande avec ces symboles géométriques (cercles et lignes) dont les liens se modifient constamment. Selon moi, il reste à travailler les transitions, mais sinon cette vision topographique polymorphique de notre présence sur terre atteint son but.

Ce projet encore en cours de création, se poursuivra et c'est à la Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal que la prochaine étape sera montrée avec un rendez-vous en décembre 2017.

jeudi 20 juillet 2017

Sur mes pas en danse: Intéressé par la démarche de "Habiter sa mémoire"

"Pierre qui roule n'amasse pas mousse", dit le dicton, mais il ne s'applique pas, mais pas du tout à "Habiter sa mémoire" de et avec Caroline Laurin-Beaucage. Cette oeuvre roule sa bosse depuis près d'un an, un peu partout ici au Québec (dont Saint-Sauveur, Joliette et Montréal), mais aussi en Allemagne. La chorégraphe-interprète se déplace avec son "cube" de 4 mètres par 4 mètres dans les espaces publics pour danser quelques heures, 4 plus précisément, et accumuler mouvements et réflexions qu'elle et ses collaborateurs, aidés de caméra, conservent précieusement. Ce cube constitué que de ses arêtes et son interprète constituent la boîte noire de ses déplacements, dans tous les sens du terme.

                               Photo de Ginelle Chagnon sur le site de Lorganisme

Gracieuseté de Danse-Danse et de Arsenal Montréal, le cube se retrouve dans une galerie d'art et les créateurs tentent, avec cette résidence, d'en extraire, l'huile essentielle qui en conserve l'esprit pour le présenter dans un lieu plus restreint, soit pour l'instant, une "immense" salle d'une galerie d'art. Selon moi, après avoir vu le résultat de leur travail, même partiel, il pourra aussi se rendre sur une grande scène et "habiter nos mémoires" fort correctement. Diffuseurs, soyez en avertis. Mais avant d'aller plus de l'avant, voici un bref compte-rendu de ma visite loin de chez moi à la Galerie d'art Arsenal, vers laquelle mes pas m'ont amené.

J'arrive tôt, la galerie est "vide" et la salle pas encore ouverte, mais l'air climatisé apporte une touche de confort fort apprécié. Les portes de la salle s'ouvrent et quelques-unes des personnes présentes prennent place sur les quelques sièges et bancs disponibles devant lesquels nous retrouvons deux grands écrans qui projettent des vues de paysages urbains (ceux que le cube et son interprète ont visités) avec en fond sonore les bruits ambiants captés. Il suffit de se retourner pour voir derrière le "cube". À 15 minutes du début prévu, les spectateurs sont peu nombreux, soit moins d'une dizaine. Combien serons-nous, une fois le moment venu, avec dehors, l'été qui nous présente ses plus beaux atours et pas trop loin, une saison des festivals qui bat son plein. Le temps passe, encore dix minutes. La chorégraphe aime les grands espaces, mais vides comment se porteront ses pas et ses gestes ?

Et ne voilà-tu pas que sur les deux écrans, apparaissent sur l'un, une chaise vide et sur l'autre, deux chaises vides, identiques à celle sur laquelle je suis assis !!!! Les espaces projetés sont, selon ma perception de plus en plus grands. Cette distraction-attraction ne me fait pas remarquer que tous les sièges ont trouvé preneur et que par terre, la rangée de devant est pleine et que d'autres spectateurs sont debout derrière, pour un total d'une cinquantaine de personnes. La porte se ferme, les lumières se baissent et apparaît l'interprète, venue de derrière les écrans de projection. Elle se met à danser en rond et en voix off, elle s'interroge. Moi, j'en retiens, les expressions, "danser du vide" et surtout "la mémoire du corps est sauvage" qui est répétée, comme un mentra.

Je que j'en vois ? C'est qu'elle nous fait entrer, par une spirale, dans sa mémoire, riche en souvenirs et en hésitations aussi. Les mouvements sont fort en translation, mais aussi en vibrations et en déformations, comme peuvent l'être les souvenirs. Elle prend possession de toute la place en s'y déplaçant, sur une trame musicale riche en sons de touches de piano, qui résonnent. Elle nous entraîne dans une succession de mouvements fort différents, comme il est facile d'imaginer les souvenirs que nous même emmagasinons. Et tout à coup, sans avertissements, elle se dirige derrière nous, nous prenant au dépourvu, pour revenir à son cube pour un dernier tableau avant qu'elle s'évanouisse dans l'ombre comme peuvent l'être les souvenirs. Après un moment d'incertitude, les premiers applaudissements se font entendre, suivis par d'autres. S'en suit, une période de présentation et d'échange avec le public qui permet de bien comprendre le but de la démarche et surtout les aspects concrets fort intéressants pour le spectateur que je suis.

Fort bien déjà entamée, la démarche est prometteuse, mais, selon moi, surtout très intéressante. Les performances dans le cube se poursuivront (dont sur la rue Prince Arthur à Montréal les 16 et 23 août prochains de 16h00 à 20h00 ), dans le but d'enrichir cette mémoire déjà fort bien chargée et moi, je me promets d'en voir un épisode d'emmagasinement d'ici la fin de l'été, parce que les pas du spectateur sont très intéressés par ceux de cette artiste qui enrichi sa mémoire par ses pas et ses mouvements de par le monde.

lundi 17 juillet 2017

Sur mes pas en danse "dehors" avec le "Dôme".

Bon, je l'avoue, j'ai rechigné avec tout cet argent mis dans un anniversaire, "créé de toute pièce" , selon moi. Fêter un 375e anniversaire, n'était-il pas une façon astucieuse de détourner l'attention du "bon peuple" et lui remonter artificiellement et à gros frais le moral ?

À défaut de refaire le passé et de détricoter les décisions, aussi bien en profiter, me suis-je dit. D'autant que mes pas peuvent m'amener voir de la danse et des artistes peuvent profiter de cette manne de beaux dollars. Bon OK, manne est un mot un peu fort, mais chaque dollar a sa valeur. Ainsi donc, j'arrive un peu à l'avance au coin des rues St-Denis et Ontario pour assister à la présentation de "Dome", déambulatoire dansé, proposé par le Ballet de ruelles (constitué pour cette représentation en danse par Corinne Crane-Desmarais, Sarah-Ève Grant, Lola O'Breham-Rondeau et Gabrielle Surprenant-Lacasse et Gabriel Ledoux à l'accompagnement (dans tous les sens du terme) musical. 

Étant arrivé un peu à l'avance, j'ai pu aussi faire la rencontre de ces êtres colorés que j'avais pas mal vu sur les réseaux sociaux. Ces êtres haut en couleur de toute sorte qui sont là et qui se promènent dans la rue, s'installent sur les galeries, à la rencontre des passants. Une quinzaine de minutes de pur plaisir à observer les interactions très variables, mais toujours positives entre ces êtres muets et un public surpris ou curieux ou tout à fait participatif. 

      
                                        Photo tirée du site du Ballet de ruelles

Mais 20h15 "sonne" et mon attention se déplace vers des femmes et un homme habillés tout de blanc d'un costume élimé qui a tout de l'explorateur en fin de parcours. Il est possible de lire dans le descriptif de cette oeuvre l'extrait suivant, "Dans ce microcosme déambulatoire intrigant et enlevant, ces êtres dansants semblent provenir d’un autre monde. Ils survivent dans ce périple hostile peuplé d’obstacles, oscillant entre le déchaînement des éléments extérieurs, mais aussi de leur état d’esprit." Et je suis tout à fait d'accord. Leur progression gestuelle et les efforts qu'ils déploient pour y arriver sont perceptibles, d'autant qu'en cette belle soirée, le public était fort nombreux tout autour d'eux et très intéressé. Par conséquent, le spectateur de danse que je suis a, lui aussi, dû faire de gros efforts pour les suivre dans cette "jungle" urbaine (à l'image des protagonistes qui se déplaçait dans la forêt Amazonienne du roman "Le vieux qui lisait des romans d'amour" de Luis Sepulveda, que je relisais récemment. Les obstacles pour avoir une bonne perspective sur les différents tableaux étaient nombreux. Mais de voir autant de public s'intéresser, m'a réjoui et j'ai quand même réussi à avoir une belle perspective. L'utilisation d'une toile "parachute" rehaussait l'effet symbolique de leurs mouvements et de leur marche durant laquelle elle servait de refuge, de frein, de marque de possession de l'espace ou de lien entre eux. Tout cela, sur une trame de musique futuriste fort réussie qui m'amenait dans l'esprit du roman "The road" de Cormac McCarthy. 

Une proposition danse, dans laquelle le public fait parti du décor, qui mérite d'être vue et revue, ce que je me promets de faire, grâce à ses 3 représentations par jour (18h15, 20h15 et 21h45) jusqu'au 25 juillet. Et il sera possible aussi de voir ce collectif au Parc Lafontaine, le 17 août prochain (17h30 et 19h00) pour découvrir "Procession".

lundi 10 juillet 2017

Sur mes pas au cinéma: "Chasing Trane", une belle rencontre avec John Coltrane

De John Coltrane, j'ai deux C.D.s, témoins de mon époque jazz, mais surtout le souvenir de son importance pour le personnage principal (John Holland) d'un de mes films "coup de coeur", "Mr. Holland's Opus", qui nomme son fils Cole en l'honneur de John Coltrane. Lorsqu'est apparu sur le grand écran un documentaire sur ce musicien, je m'étais promis d'y aller et l'occasion s'est enfin présentée en ce lundi grisâtre. Nous étions donc deux cinéphiles dans une des salles de projection du Cinéma du Parc. En première partie, le court métrage, "Oscar" sur Oscar Peterson (de Marie-Josée Saint-Pierre) qui en une dizaine de minutes permet de dresser un portrait, somme tout complet et sans complaisance, de ce pianiste jazz montréalais.

Du pianiste de chez nous, nous allons vers la découverte du saxophoniste d'ailleurs, John Coltrane. Naître noir dans un des états du "Sud" des États-Unis (la Caroline du Nord) et devoir survivre, très jeune, à la mort de son père, voilà les premiers pas de ce musicien. Par la suite, nous découvrons les différentes étapes de sa vie qui n'ont rien du conte de fée. Avec sa musique en trame de fond et à partir des témoignages de membres de sa famille, de collègues musiciens et de fans (dont Bill Clinton), nous pouvons nous faire une idée de la vie et de la personnalité de ce jazzman qui ne fait pas, selon lui, du jazz, mais du "Coltrane". Une heure trente, abondamment illustrée d'archives audio et vidéo, qui nous permet de découvrir un homme croyant et qui est déterminé à toujours franchir les limites de son art. Un très bon documentaire qui nous montre le musicien tel qu'il était. Malheureusement, jamais nous entendrons sa voie (Denzel Washington, lui prêtera la sienne), mais dans les images, l'homme s'exprime jusqu'à la finale fort touchante quelque temps avant sa mort arrivée trop tôt à 40 ans.

                                                           IMAGE FOURNIE PAR ABRAMORAMA tirée du site de la Presse

Un beau moment pour découvrir ce musicien et surtout aussi pour se donner l'objectif d'enrichir sa discographie. IL faut donc que je me procure sa pièce "Alabama" qu'il a composée suite à la mort de quatre jeunes filles noirs, suite à l'agression par bombe de la communauté noire par des blancs suprémacistes à Birmingham, Alabama en 1963. Une pièce qui encore, aujourd'hui, mériterait d'être écoutée et réécoutée, pour mieux réagir aux attentats insensés qui se produisent dans le monde.

https://www.youtube.com/watch?v=saN1BwlxJxA

samedi 8 juillet 2017

Sur mes pas extérieurs en danse: Un prologue intéressant du Festival Quartiers Danses

L'été ou ce qui en fait office permet, au spectateur que je suis, d'aller voir de la danse dehors. Après ma sortie hors de l'île (à Repentigny), mes pas cette fois m'ont amené dans un quartier de Montréal, loin de "mes terres", soit au Marché Atwater dans le centre sud. Pour l'occasion, j'étais accompagné par mes petits-fils qui, au final, ont beaucoup apprécié leur "combo transport en commun-danse". C'est donc après plus d'une heure de déplacement que nous arrivons sur la place du Marché Atwater. Le ciel semble laisser de côté ses menaces de pluie, pour nous proposer quelques rayons de soleil. Après les présentations d'usage du maire d'arrondissement, Benoit Dorais et du "grand patron" du Festival Quartiers Danses, Rafik Sabbagh, la première des deux oeuvres se met en mouvements.

                                         Photos de Jackie Hopfinger / Tony Baghlali

"Lewis et Lucie" de Jane Mappin nous présente d'abord les tribulations intérieures traduites en gestes d'un homme solitaire sur un banc public. Se joindra à lui, une femme et s'en suit une série de mouvements fort éloquents. J'avais vu lors d'une soirée un extrait de cette oeuvre, eux sur la scène et moi dans la salle et je peux facilement affirmer que l'effet de cette oeuvre dans l'espace publique est nettement plus efficace. Nous comprenons mieux ce que les bancs publics pourraient nous raconter s'ils le pouvaient. Juste à voir, il est évident que la nature humaine et ses tourments peut s'exprimer dans toute sa transparence, suffirait juste de pouvoir la voir sur ces bancs, supports catalytiques des relations humaines. Pour cela, Daniel Firth et Jane Mappin nous le démontrent avec talent en des gestes forts bien exprimés. Mon souhait maintenant, pouvoir voir cette oeuvre dans un banc de parc, loin de l'achalandage d'un marché public. 

Après une très courte pause et un repositionnement stratégique de notre part, question de mieux voir, "Projet Helmut" se met en branle. Création de et avec Julie Tymchuk et Marie-Pier Gilbert, accompagnées par Marie-France Jacques, Valérie Allard et Elise Boileau. "Projet Helmut" porte sur la perspective féminine du célèbre photographe Helmut Newton, son principal sujet d'intérêt. En entrée de jeu, nous avons droit à cinq femmes aux perruques noires et aux gestes identiques qui se présentent à nous, avec un ton est affirmé de ces femmes en entrée de jeu. Par la suite, les différences apparaissent, autant dans les mouvements que dans les vêtements portés. De ces femmes, les vêtements se changent, se partagent et s'échangent, comme il serait possible de dire de leur histoire d'amour. Tout n'étant pas blanc ou noir, à preuve, le turquoise, le bleu et même le rose, prenant leur place, en nous proposant certaines en avant plan, pendant que les autres sont juste là à côté. Malgré les distractions d'une piste cyclable juste à côté, le propos affirmé vise juste et captive le grand-père que je suis et les petits-fils qui l'accompagnent. Une trentaine de minutes sans temps morts qui montrent bien que la femme peut s'affirmer, peu importe les conditions. Et tout au long, le soleil s'est montré fort présent, présage d'un futur ? La pluie faisant des siennes lors de notre retour, lorsque nous étions dans l'autobus du retour !

Une autre belle sortie en danse qui nous invite à découvrir les différentes propositions de ce festival (Quartiers Danses) qui se tiendra une fois l'été achevé ou presque, soit du 7 au 17 septembre prochains. Comme carte d'invitation, ces deux oeuvres sont particulièrement réussies et je me promets d'y être.

vendredi 7 juillet 2017

Les pas "sages" du spectateur: chronique d'une transition

Lorsqu'est venu le moment de passer à un blogue pour mettre en mots mes impressions de sortie et d'y trouver un nom, c'est avec mes sorties de course que le titre s'est imposé. Ainsi donc est la genèse " Sur les pas du spectateur". Sur ce blogue, il y a les traces des pas que les œuvres laissent en moi et qui chacune d'elles me transforme et me rend plus humain et bien m'en fasse. Parce que chacune ou chacun qui se présentent devant moi, laissent ses traces.

Le spectateur que je suis, effectuera bientôt un "pas"sage vers une vie professionnelle beaucoup moins occupé. L'homme, nouveau retraité, devra négocier un virage avec une sagesse espérée et cette sagesse, il l'a longtemps espéré. Le passage vers un nouveau style de vie, moins professionnel, sera-t-il réussi, les paris sont en cours, parce que le spectateur n'a pas toujours les pas sages. Ces pas seront vers des destinations principalement culturelles, mais pas seulement.

Il arrive des moments dans la vie qu'une zone d'opportunité se présente, l'avenir saura dire si le spectateur que je suis, en profitera pleinement. Pour le savoir, faudra donc suivre mes pas dans ce nouveau passage, pas toujours fait de pas sages!

Sur mes pas en danse: vers de beaux moments aux "Danses au crépuscule"

Il y a de ces occasions pour lesquelles les astres s'alignent et que sortir de la ville pour aller voir de la danse est comme une invitation qui ne peut pas être refuser. Ainsi donc, c'est à Repentigny (pas trop loin de Montréal), au Centre d'art Diane-Dufresne que je me retrouve pour aller assister aux "Danses au Crépuscule"  présentée pour la première fois dans cette municipalité par Dusk Dances dont Sylvie Bouchard est la directrice et fondatrice.

Les astres étaient donc alignés pour moi, puisque parmi les propositions de "Jouer Dehors" (un des partenaires de cette activité), Marie-Gabrielle Ménard m'en avait "teasé" lors de sa chronique du lundi 3 juillet à l'émission "Nouvelle Vague" (Ici Radio-Canada Première) et que l'une des oeuvres présentées incluait la participation (chorégraphie et interprétation) de Julie Pilon que je suis de loin (sur FB) depuis un certain temps. J'étais curieux de la voir en action, parce qu'elle danse et fait danser dans la région de Lanaudière qui est loin de mes territoires habituels. Et de toute façon de la danse dehors en été, c'est une belle proposition pour le spectateur de danse que je suis.

La soirée commence avec une "mise en danse" du public menée de façon fort dynamique par Julie Pilon et qui réussit à amener sur le gazon face à elle une partie du public présent. C'est donc en la suivant que les participantes, sauf un ou deux hommes, réussissent des séries de mouvements fort agréables à regarder, pour tous les autres dont moi, moins audacieux à la chose. J'ai pu apprécier la dernière phrase de sa présentation dans le feuillet de la soirée, soit "Artiste dynamique et toujours pleine de projets créatifs, elle s'intéresse particulièrement à la médiation culturelle et au développement des arts en région".

Arrive 18h30 et le début de notre parcours dans les proches environs pour découvrir les cinq oeuvres au programme de la soirée. "Madame Rose" incarnée par Nina Gilmour prend charge de l'animation. Après les explications d'usage et du rôle de son klaxon à main, elle nous invite à la suivre vers le premier site de danse qui s'avère être dans le cimetière.

C'est sur bande de gazon avec un muret de pierres derrière que les deux interprètes (Sylvie Bouchard et Brendan Wyatt) nous attendent immobiles pour "Bound" (chorégraphie de Louis-Martin Charest). Lui est face à nous et elle, de dos. Ils ont des vêtements d'époque, dans ce lieu regorgeant des histoires du passé, ils nous entraînent dans une histoire d'amour durant laquelle les rapprochements entre les deux sont furtifs et les regards aux allures complices. Une belle histoire nous est contée et les gestes fort éloquents, mais comme toute histoire, elle a une fin qui est suivie des applaudissements. Je prends conscience que les enfants, très nombreux, ont été bien sages tout au long de la prestation et ils le seront pour le reste de la soirée de danse, après, allez savoir !

Sur les pas de "Madame Rose", nous quittons le cimetière pour nous diriger vers un endroit avec d'un côté l'église et de l'autre, un restaurant, sûrement pour nous permettre la transition des époques entre les deux oeuvres. Nous pourrons découvrir "Rawrabide" chorégraphiée par Ofilio Sinbadinho et interprétée par Zhenya Cerneacov, Sebastian Hirtenstein, Molly Johnson, Kathleen Legassick et Meredith Thompson, tous de Toronto. Les interprètes habillés tout en noir, sauf une touche, plus ou moins évidente, de bleu ont des allures mystérieuses presque menaçantes. Le soleil n'est pas encore couché, ouf !!!! Le feuillet de la soirée indique que "Les danseurs évoluent de manière saccadée et feront écho à l'attitude de défi que l'on retrouve dans la réalité urbaine, l'activisme social et la culture 'remix' ". Pour ma part, l'utilisation particulièrement bien réussie de leurs bras, m'y a fait voir des oiseaux urbains qui occupent les espaces aériens de la ville. Et arrive la fin, colorée de leur départ.

Le klaxon de Madame Rose nous invite à la suivre jusqu'au parvis de la vieille église où se retrouve déjà les trois "interprètes", Myriam Allard, Hedi Graja et une bata de cola ("longue jupe à traîne typique de la danse flamenco", merci feuillet de la soirée !) pour nous présenter "The place in between". Sur cette scène étroite faite de bois, les pas de flamenco et les expressions de Myriam Allard ainsi que le chant et les paroles de Hedi Graja, nous entraîne dans une "lutte" pour la possession bata de cola. Après la danse d'une autre époque et la danse urbaine, le flamenco nous fait encore plus voyager, et le public de bien suivre. 

Le klaxon résonne de nouveau et c'est devant le Centre d'art Diane-Dufresne que nous nous dirigeons pour assister à la "Passerelles-La rivière" chorégraphiée et interprétée par Julie Pilon et Mélissandre Tremblay-Bourassa, accompagnées, fort brillamment, à la musique par le multi-instrumentiste Pierre-Alexandre St-Yves et par la troupe "Danse Clandestine" aux mouvements. Les membres présents de cette troupe étaient Florence Beaudoin, Ghyslaine Beaufort, Isabelle Cartry, Lysbertte Cerné, Audrée Hotte, Annie Jacques, Andréanne Lamontagne, Camille Malo, Ariane Picher, Geneviève Rouillard et Julie Tellier. 

Comme tout lecteur peut le faire en prenant connaissance du feuillet, cette oeuvre a été crée "à même les flots de la sinueuse rivière L'Assomption", et pour l'occasion le bassin d'eau devant le Centre d'art s'avère fort approprié pour la présentation de cette oeuvre durant laquelle les interprètes n'ont pas peur de se "mouiller". Sur la musique planante du musicien, nous avons droit une pièce où le rituel est fortement présent dans les gestes exprimés. L'utilisation de l'espace est fort bien réussie et ce trop court tableau dans lequel les ondulations des corps et de la musique m'a particulièrement plu. Mais, cela se termine pas et nous nous rendons jusqu'au terrain de tennis à l'extrémité du site. Soyez rassurés, les pas n'ont pas été trop nombreux et en valaient la peine.  

Pour la dernière oeuvre de cette soirée, nous avons droit à "La gigue en souvenir" de Sylvie Bouchard et Mélissandre Tremblay-Bourassa (pour la dernière des quatre parties de cette proposition). Zhenya Cerneacov, Sebastian Hirtenstein, Molly Johnson, Kathleen Legassick, Meredith Thompson ainsi que Brendan Wyatt se mettront à la gigue et ils seront fort bien accompagnés par des élèves de l'École secondaire de l'Achigan, soit Clara Belleville, Britany Bureau, Mary Lou Deguire, Marianne Devoyault, Shane Gibeau, Annabelle Jean et Kelly Parent Althot. Après le retour dans le passé avec "Bound", la gigue se fait un pont entre aujourd'hui et hier, mais pas seulement, puisque les principaux interprètes tous de Toronto ont apprivoisé, fort bien d'ailleurs, ce style durant leur séjour ici (renseignement pris auprès de deux des interprètes), sans oublier ces jeunes filles de cette école secondaire. De la belle gigue en quatre temps pour toutes les époques qui concluait une heure trente de belle danse. 

                                                  Zhenya Cerneacov & Molly Johnson dans La gigue en souvenir. Photo: John Lauener

Une sortie danse extérieure réussie pour laquelle il est important de mentionner que la technique (logistique, visuelle et sonore) était impeccable avec une organisation fort bien accueillante avec ses bénévoles dans un lieu fort approprié à cet évènement. Et soyez rassurés, je n'en rajoute pas, l'amateur de danse que je suis est tout à fait honnête.

Une sortie danse qui en augure bien bien pour d'autres aussi intéressantes, que mère Nature collabore ou pas.