mardi 20 février 2018

Sur mes pas comme juge: "Cégeps en spectacle" édition 2018 au Collège Ahuntsic

La demande m'est arrivée dans la boîte de réception de mes courriels. Pour une deuxième fois en trois ans, mon ex-collègue, Valérie, m'invitait à faire partie du jury pour la finale locale de la 39e édition de "Cégep en spectacle" de mon Collège Ahuntsic. Et j'ai accepté volontiers, parce qu'il m'est toujours réjouissant de découvrir ce que le talent et l'implication de ces jeunes.

Au programme, nous aurons droit à douze numéros, une cuvée importante, tous solo, sauf un en danse avec trois interprètes. Le tout sera animé, fort brillamment, par quatre autres élèves du Collège avec un numéro de clôture, "hors-concours" lui aussi en danse avec la troupe de danse du collège,"Écho". Après les instructions d'usage et le rappel des critères de jugement (originalité pour 30%, présence sur scène pour 30% et talent pour 40%), avec les quatorze autres juges, je prend place dans le bel et confortable auditorium du collège, "L'Espace le vrai monde ?".

Douze numéros, ça pourrait être long, mais non, le tout s'est déroulé rondement et surtout, fort agréablement. S'il est difficile de comparer des numéros de chant de création avec d'autres d'interprétation, un numéro d'humour avec un autre de danse, il est très facile de laisser son cœur se prendre au jeu de la conquête artistique et d'oublier quelque peu les critères. Elles ou ils sont jeunes, avec la vie devant eux et osent. Pour cela, en plus de leurs études dans des programmes souvent exigeants, ils s'y mettent avec plusieurs heures de répétition par semaine sans lâcher jusqu'à la toute fin.

Merci à vous, Megan Marchand (Chant-interprétation), Cora Davidson (Chant-Création), Alexendre Parent (chant et musique-création), Jose-Bengarah Bruno (chant-création), Béatha Charles (chant-interprétation), la troupe "XPRESSION" avec Chelsea Decène, Stacy Courtois et Sarah Démosthène (danse-interprétation et création), Steve Alexis (musique-interprétation), Valérie Portelance (chant-création), Vanessa Ravary (chant création et interprétation), Ludovic Jacques-Denis (humour création), Patricia Rivera Avila (Chant-interprétation) et Catherine Saleh (Chant-interprétation).

Chacune et chacun a pris possession de la scène avec une aisance surprenante, sans nervosité apparente. Personnellement, j'ai été particulièrement touché par les chansons qui présentaient des problématiques actuelles, telles que la maladie mentale et les enfants soldats.

Une fois le tout terminé et les applaudissements fort bien mérités dissipés dans la salle, le temps de juger arrive. Nous nous dirigeons vers la salle de "travail" pour décider. Il faudra faire, individuellement, des choix du numéro 1 à 4. Avec mes notes, mais surtout mes impressions, je choisis les prestations les plus marquantes qui sont au nombre de cinq. Mais, il en faut quatre et ensuite les classer. Pour cela, j'ai quinze minutes et les autres juges, autour de moi, semblent avoir fait leur choix. Je suppute, "je vas et je viens" dans mes impressions et je retire difficilement une performance. Il ne me reste (!) qu'à classer les quatre autres. Ce que je réussirai à faire. À côté de moi, mon collègue juré, en arrive au même verdict. Je suis rassuré !

Il ne reste (!) qu'à Pascale et Valérie de mettre tous nos choix "dans la machine" et de déterminer le ou la gagnante qui représentera mon collège à la finale régionale, ainsi que les deuxième et troisième positions. Mais cela se fera plus tard, après notre départ pour être annoncé lors de leur deuxième performance en soirée. Les résultats sont maintenant connus et je vous les donne:

1er prix : Catherine Saleh étudiante en médecine nucléaire (Chant - Interprétation) et représentante du Collège Ahuntsic à la finale régionale
2e prix : Valérie Portelance (Chant - Création)
3e prix : Jose-Bengarah Bruno (Chant - Création)

                                  Catherine Saleh, Valérie Portelance et Jose-Bengarah Bruno
Et si comme moi, vous voulez passer un bon moment et découvrir ce que nos jeunes ont, comme beau talent, il vous faut acheter un billet pour la finale régionale organisée par le Collège André-Grasset.  Voici où et quand:

Où: Auditorium du Collège Ahuntsic, l'Espace le vrai monde?
Quand: Samedi 24 mars, à 19h30. 
Billets en vente au Service de l'animation socioculturelle du Collège Ahuntsic (Local A1.210) au prix de 12 $.

dimanche 18 février 2018

Sur mes pas en cinédanse: Des "Regards Hybrides" qui nous font voyager.

Comme amateur de danse, les propositions de courts-métrages en cinédanse font partie, et de plus en plus, de mon agenda de sorties culturelles. Et lorsque la plus récente sélection (2018) des "Regards Hybrides en tournée" "a déroulé ses bobines" dans ma maison de la Culture (Villeray - St-Michel - Parc-Extension), mes pas m'y ont amené sans hésitation. Dans ce grand amphithéâtre, trop peu rempli pour l'occasion (de mon opinion !), le moment arrive et les lumières se font discrètes. Au programme, sept courts-métrages, sélectionnés et présentés par la commissaire Priscilla Guy qui nous feront voyager autant dans le temps que sur la planète.  Et pour moi, le grand casanier devant l'éternel, ce voyage je l'ai bien apprécié. Pour l'occasion, elle était accompagnée par Kim-Sanh Châu, co-réalisatrice et interprète de "Ore" qui répondra à nos questions après la projection.



La cinédanse a ceci de particulier et par conséquent, d'intéressant, qu'elle introduit un intermédiaire entre le spectateur et les interprètes. Elle le fait par le point de vue qu'elle propose d'abord, mais aussi par la présentation des gestes, ce qui a été encore le cas pour cette soirée.

Le premier court s'avère une pièce d'anthologie, "Dance of the Seasons", Winter Snow Dance d'Alice Guy Blache, qui en noir et blanc, nous ramène au début du siècle dernier (en 1900, plus précisément), pendant une trop courte minute. Curieux ou curieuse, voici le lien pour découvrir cette oeuvre d'une tout autre époque avec de la neige particulière (https://www.youtube.com/watch?v=hOJ3v-pQgrM).

Il s'en suit "Specto" de Quentin Pellier, qui nous présente un danseur à une intersection de rues qui se mettra en mouvement avec autour de lui, la vie quotidienne qui s'ébat. Un cinq minutes qui résume ce que nous pourrions découvrir si nous osions.

Nous arrive ensuite "de proche", "Inapprochable" de Catherine Lavoie-Marcus et Priscilla Guy qui nous les présente toutes les deux, dans une interaction du geste et de la caméra, tout de blanc vêtue et toute déformée et en tourbillons, provenant de leurs "Singeries" !

Il s'en suit "Landscape" de et avec Terrance Houle qui nous amène en territoires autochtones avec lui et ses mouvements comme guide. Une oeuvre simple et sans artifice qui s'avère fort sincère dans le propos.

"Well Contested Sites" d'Amie Dowling et Austin Forbord nous entraîne dans l'ancienne prison américaine d'Alcatraz avec d'anciens prisonniers, qui reprennent possession des lieux. Impossible de rester impassible devant cette oeuvre, forte. Je peux en témoigner. 

Il s'en suit, sur tout autre registre, "Supermambo" de Benito Gonzales. Une oeuvre ludique qui nous présente lui et elle, par touches discontinues, sur un carrelage rouge en arrière fond. Les mouvements peuvent se faire par sauts et receler des surprises, voilà ce que j'en retiens.

Le tout se termine par l'oeuvre maîtresse de la soirée, "Ore" de Kim-Sanh Chaû et Ray Lavenders qui poursuivent leur exploration du Vietnam d'aujourd'hui, entreprise avec "Inner Smoke" (que j'avais vu lors d'une séance de projection lors de la plus récente édition du Festival Quartier Danse). Cette oeuvre d'une vingtaine de minutes, nous présente d'abord, des danseurs de là-bas et ensuite Kim-Sanh Châu, tout en danse, investissant le quartier de ses origines familiales (comme elle nous le dira après la présentation).  Dans ces lieux, les mouvements sont interdits par les autorités, nous l'apprendrons par la suite. Par conséquent, cet acte d'appropriation des lieux résonne différemment en nous et demanderait qu'on le revoit. La tristesse exprimée pourrait remplacer la nostalgie que j'y avais vue.

Au final, une soirée cinédanse qui introduit, encore une fois, de façon fort habile, un partenaire du mouvement dans sa présentation et l'amateur de danse que je suis a été comblé.

samedi 17 février 2018

Sur mes pas en danse: "Viriditas" pour espérer avec Margie Gillis

Lorsque de la grande visite vient en ville, les amateurs de danse ne se font pas prier. Voilà donc pourquoi, toutes les représentations régulières de "Viriditas" oeuvre de Margie Gillis, ont affiché complet et qu'une supplémentaire a été ajoutée par les responsables de l'Agora de la Danse. Moi mon billet je l'avais, depuis un certain temps et j'avais bien hâte !  Pour  cette rencontre, mes pas m'ont donc amener à la petite salle "Bleue" du Wilder. Si cette salle est trop petite pour l'intérêt qu'elle suscite, elle s'est avérée parfaite pour créer l'intimité de la rencontre entre les interprètes et le public. Et cette rencontre a été à la hauteur de mes attentes et du public présent, si je me fie aux commentaires émis à la rencontre avec les interprètes après la représentation.

                                         Tirée du site de l'Agora de la Danse

Margie Gillis est une danseuse et chorégraphe hors-norme et une grande dame dont la simplicité des propos n'a d'égal que le force des gestes. Je garde encore en tête depuis mon adolescence, les mouvements de cette danseuse et de sa longue chevelure.

Pour "Viriditas", elle part en mission face au sort que les humains réservent à la nature et s'inspire d'un personnage historique, Hildegarde de Bingen pour conscientiser. Pour mieux comprendre, la lecture de l'article et le compte-rendu de Catherine Lalonde avec l'artiste (Le Devoir 10 février 2018) s'avère un choix judicieux. Dans cet article, on peut y apprendre aussi que "Viriditas" ou viridité en français, signifie la qualité de ce qui est vert et que pour cette abbesse du XII siècle, le verdissement de l'âme implique que la spiritualité et la nature sont entrelacés. Je peux témoigner que ces propos ont été fort utiles pour mieux comprendre l'oeuvre qui m'a été présentée. D'autant que la couleur verte provient du mélange du bleu (l'eau) et du jaune (le soleil).

Une oeuvre en trois tableaux avec trois interprètes (Troy Ogilvie, Paola Styron et Margie Gillis) qui concilie l'ancrage au sol du sujet traité avec la teneur aérienne du propos, nous amenant dans une troisième zone intermédiaire fort agréable à découvrir. Il semble que le chiffre trois soit transcendant puisque même Mélanie Carpentier dans sa critique (Le Devoir 15 février) débute son texte avec trois qualificatifs, "spontanéité, plaisir et poésie exaltée", termes et critique que j'endosse totalement. 

Dans le premier tableau, Troy Ogilvie dans sa robe noire, avec des paysages aériens en fond d'écran, aussi projetés sur le sol, nous propose d'abord un envol jusqu'à se poser sur terre. Une fois sur terre, elle semble prendre conscience de sa nature humaine et de notre présence, moment fort de ce tableau. Le choc semble grand, mais elle en ressort révélée et nous comblés.

Dans le deuxième tableau, Paola Styron débute, avec ses vêtements rouge bien "groundée" sur une chaise métallique bien ancrée au sol. Le contraste avec la première partie frappe, mais rapidement nous nous retrouvons dans dans cette "troisième zone intermédiaire", cette zone verte de l'espoir. Les mouvements captivent et plaisent. 

Arrive une courte pause, durant laquelle nous restons sur place et que nous voyons le plancher blanc, passer au noir et revenir au blanc avec une toile blanche. Et aussi nous découvrirons, projetés sur l'écran arrière, des projections vidéo de danse dans la nature avec les interprètes (qui sont des étapes de création, comme nous l'apprendrons dans la discussion après). 

Et une fois les lumières refermées, nous découvrons tout à notre gauche, Margie Gillis dans sa robe blanche. Il s'en suit un tableau de mouvements dans lequel, elle semble investie d'une mission. Ce drap blanc sur terre servira son propos chorégraphique et corps et âme, nous la suivons. Les gestes sont amples, déterminés et se projettent jusqu'à nous sans interférence. Lorsqu'elle empoigne le drap blanc et le "met à sa main", impossible de rester impassible. Nous sentons l'urgence du propos. Ce qu'elle confirmera par la suite, mais sans jamais s'emporter, juste espérer dans la jeunesse. 

La réaction des spectateurs ne mentait pas, nous avons eu droit à une grande rencontre et les propos de quelques spectatrices le confirmaient. Le diction dit, "Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait", mais en cette soirée la chorégraphe en fait fi avec une énergie surprenante, compte-tenu d'une grippe. Il faut pouvoir représenter "Viriditas" au plus grand nombre possible, nous en avons bien besoin.

mardi 13 février 2018

Sur mes pas en danse: Aux "Technologies contemplatives", le spectateur captivé

Une sortie danse chez Tangente recèle presque toujours son lot de découvertes et de surprises hors des sentiers battus, "une sortie danse qui prend souvent une drôle de tangente, quoi !". Voilà donc pourquoi mes pas m'y amènent. Régulièrement, durant la présentation, face à l'oeuvre, ma réception se fait hésitante et déstabilisante, tout cela pour mon plus grand plaisir. Mais pas cette fois, je me disais avant de m'y rendre. Puisque pour les deux œuvres des "Technologies Contemplatives", je me pensais en territoires "connus". Je les avais déjà vu (pour une, c'est une certitude, pour l'autre une quasi certitude) dans une première mouture. Je me considérais donc à l'abri d'une perte de repères et avec l'espoir d'une appréciation plus juste de l'expérience de spectateur qui revisite une oeuvre.

                                         Photo de Sarah-Marie Iung, Kaléidoscope

Avant d'aller plus loin, je voudrais m'attarder au titre de la soirée "Technologies contemplatives" dont les deux termes à priori, sonnent, selon moi, discordants. Peut-on concilier les technologies d'aujourd'hui et leurs connotations fort actives et perturbantes avec une attitude contemplative ? C'est avec cette petite réflexion que je m'y suis rendu, prêt, cependant, à réviser ma position initiale. Et au final, et je reviendrai sur le détail du pourquoi, je serais tenté de "débaptiser" le titre de la soirée pour la renommer "Technologies Captivantes", parce que c'est un effet "actif" que les oeuvres ont eu sur moi. Avec un bonus au spectateur observateur que je suis pour cette présentation, soit la présence d'un grand nombre de jeunes enfants, une "tonne" de très jeunes enfants. J'étais très curieux de découvrir, "en prime" leur réception face à ces "Technologies contemplatives"!

L'heure de présentation arrivée, nous sommes invités à retirer nos chaussures avant de prendre place dans la salle avec son plancher tout blanc. De plus, on nous indique que nous pourrons nous déplacer dans la salle pendant la représentation et aussi de nous échanger les lunettes "Kaléidoscope" de différents modèles qui nous seront fournies. À notre entrée, nous découvrons d'abord des coussins de tout format répartis en demie lune et ensuite, devant nous les deux interprètes (Ariane Dessaules et Melina Stinson) déjà fort présentes de leur immobilité. Fidèle à mon habitude, je prends place tout en avant au milieu. Pendant que les gens prennent place, je prends conscience que les deux interprètes sont disposées en légère asymétrie par rapport à nous et à la salle.  Intrigant ! Autour de moi, les jeunes enfants finissent de prendre place, tout comme Michel F. Côté (atmosphère sonore), côté gauche et Kim-Sanh Châu (chorégraphe), juste derrière moi, à la console. Les portes se ferment et mon attention se porte exclusivement sur ces deux femmes qui portent leurs lunettes spéciales. Tout à coup, une des deux bouge imperceptiblement et de plus, tout lentement. Les voilà qu'elles laissent leur regard dériver dans l'assistance. Il s'en suit des mouvements fort de leur grâce et qui semblent être exempts de la contrainte de la gravité, amplifiés par l'atmosphère musicale "planante". Et nous arrivent, distribuées par les interprètes, les lunettes. Et là, avec les projections en fond de scène, les mouvements prennent une dimension différente. Non pas une, mais des dimensions multipliées et en déplaçant notre regard, elles se retrouvent allongées par le haut ou décalées. L'exercice, au départ exigeant, devient fort agréable pour peu qu'on s'y laisse aller à découvrir les différentes aspects possibles à découvrir. Seul regret, j'en aurais pris plus. Autour de moi, je n'entends rien, les enfants semblent bien sages et captivés. Je reprends ici, ce que j'avais déjà écrit sur la première mouture de cette oeuvre,  "Kaleidoscope" qui vient de la combinaison des noms grecs, kalos signifie « beau », eidos « image », et skopein « regarder », nous en avons eu un bel exemple. La vérité sortant de la bouche (ou de l'écoute) des enfants, comment le contester. Je terminerai ce compte-rendu de sensations, avec un souhait. J'aimerais voir sur grand écran, ce que mes yeux ont vu grâce à ces lunettes. Je lance donc une bouteille à la mer !

Une fois terminé, nous devons laisser les lunettes sur place et sortir. Le temps de préparer la place pour "Èbe". Retour en salle et à un siège première rangée, pour découvrir sur scène les cinq accordéons encore fort discrets en arrière scène tout de noirceur enveloppée. Arrive lui (Patrick Saint-Denis) et, au bout d'un fil, une lampe qui se met à tournoyer et à déclencher des sons, tel un dompteur de sons ! S'en suit la respiration des accordéons avec lesquels nous accordons, en phase, notre attention. Les accordéons sont déplacés par lui et elle, Sarah Bronsard, dans une suite de déplacements dont le sens humain n'arrive pas à prendre ses repères. Lui, ensuite, se met en retrait et elle prend possession de la scène s'accoquinant les instruments, partenaires du moment, dans ses propos chorégraphiques colorés de gigue et de flamenco. À défaut d'avoir été contemplatif, j'ai été captif et captivé par cette relation mystérieuse entre elle et ces machines musicales, rien pour diminuer mon plaisir. En sortant, une question me turlupine encore et encore (et aujourd'hui aussi !), quand est-ce que j'ai déjà vu ces accordéons et leurs complices ? Parce qu'il est impossible de ne pas garder des traces sensorielles de ce type de rencontre. 

Donc, une rencontre intéressante avec des technologies, plus captivantes que contemplatives, compte-tenu de notre participation à la découverte de l'oeuvre pour la première ou dans son interprétation pour l'autre. 

samedi 10 février 2018

Sur mes pas au cinéma: "L'insulte", une oeuvre fort poignante

De mes plus récentes sorties cinéma, "L'insulte" de Ziad Doueiri est sans aucun doute l'oeuvre qui m'a le plus captivé que touché. Dans la lignée des films, tels que "Les Citronniers" et "La fiancée Syrienne" de Eran Riklis portant sur les difficultés des Palestiniens, nous avons droit ici à un exemple de leur présence au Liban.

                                                    Tirée du site de Cinoche.com

Dans ce film, nous avons droit à un incident et à son dérapage en une affaire d'état. L'étincelle de ce conflit entre deux hommes qui dégénère dans une suite de scènes nous réservent des surprises, mais aussi certaines explications. Captifs et étonnés, sommes-nois, tout en comprenant mieux certains éléments historiques de ce pays, le Liban, qui fût le terrain de jeu (ou de guerre) des puissances étrangères. Les deux acteurs principaux, Adel Karam, dans le rôle du garagiste libanais et Kamel El Basha dans le rôle contremaître palestinien, portent cette histoire qui saura nous surprendre. Pour peu que l'on soit attentif, nous pourrons découvrir que ces deux hommes, si différents en apparence, ont un certain nombre de points communs. Ce qui nous permet d'espérer en des jours meilleurs.

Premier film libanais en nomination à la soirée des Oscars, il le mérite bien. Et il mérite aussi que l'on aille le voir.

lundi 5 février 2018

Sur mes pas au cinéma: Retour sur deux oeuvres percutantes, "Hors de nulle part" et "The square"

C'est le bon moment de l'année. Celui qui nous permet de découvrir des oeuvres d'ailleurs et qui profite de la cérémonie des Oscars à venir pour avoir une plus grande visibilité sur les grands écrans d'ici (et plus spécifiquement mon Cinéma Beaubien). Avec un choix plus grand que mes disponibilités, j'ai fait mes choix et ainsi donc, mes pas m'ont amené vers "Hors de nulle part" de Fatih Akin dont j'avais apprécié, il y a longtemps, "De l'autre côté" (2007) et bien aimé "Soul Kitchen" (2010). "Hors de nulle part", c'est essentiellement trois épisodes de la vie de Katja (incarnée totalement et magnifiquement par Diane Kruger). Le avant, le pendant et le après l'attentat qui lui fait perdre son amoureux kurde et leur enfant. Nous sommes en Allemagne et les groupes néo-nazi agissent aveuglément. L'histoire captive et se laisse découvrir avec des épisodes fort troublants. Impossible de rester insensible à la détresse de cette femme et de ses actions pour se faire justice. Si ce n'était que pour la performance de Diane Kruger et ce n'est pas le cas, ce film mérite le détour.
                                          Photo: Magnolia Pictures

Mon autre sortie cinéma m'a amené vers "le film" ,"The Square" du suédois Ruben Ostlend. À L'affiche depuis plus de dix semaines, une recommendation en soi, je remettais de semaine en semaine mon rendez-vous, mais en un lundi matin, mes pas m'amenaient enfin vers cette oeuvre que ceux qui m'en avaient parlé, l'avaient fait en des termes fort énigmatiques. Tout pour attiser ma curiosité, donc. Et elle fut fort récompensée et satisfaite. Une oeuvre forte sur nos contradictions, avec le milieu de l'art contemporain comme terreau fertile. Des différentes épisodes de vie de ce conservateur de musée d'art contemporain et son exposition à venir, captivé j'ai été. J'ai été captivé, j'ai souri, mais surtout, j'ai éprouvé des malaises tout au long de différentes scènes. Voilà une oeuvre colorée d'éléments "absurdes" durant laquelle il est impossible de rester insensible. Une sortie cinéma qui laisse des marques. Et pour ceux et celles qui seraient curieux de savoir l'intention de l'artiste de "The square" et comment l'équipe de "mise en marché" veut la "vendre", pas question de vendre la mèche. Mais sachez que l'on en revient avec plein de remises en question.

                                                       Photo tirée du site Allociné

vendredi 2 février 2018

Sur mes pas en danse: "Forces connexes" et propos chorégraphiques conhérents dans leur essence

Le prof de chimie que j'ai été, est toujours très sensible aux oeuvres chorégraphiques qui se colorent d'une teinte scientifique. Et pour cette soirée "Forces connexes", le spectateur que je suis était donc fort curieux. Le programme de la soirée annonçait pour [Decoherence], de Jessie Garon (Vazari Dance Projets), une illustration d'enchevêtrement quantique portant sur l'interconnectivité des atomes, dans un premier temps. Ensuite, "By the skin of your teeth" du Collectif [Le]Cap et Parts+Labour_Danse s'inspirait, de son côté, des trous noirs, lieux spatiaux des conditions limites. 

                               Photo par Frédéric Chais de [Decoherence] tiré du site du Devoir

Ce sont donc des pas fort curieux qui m'ont amené jusqu'au Wilder pour cette soirée de première et fort importante était la foule. C'est bien installé, première rangée, que je prends place et que j'attends le début de la présentation. Après les mots de bienvenue du "grand" patron de Tangente, fort heureux de cette belle "crowd", les lumières s'éteignent et nous laissent dans une attente qui sera vite satisfaite. Se présentent à nous deux interprètes (Jarrett Siddall et Guillaume Biron), habillés tout en noir et chaussés avec des bottes toute aussi noires. De cette connectivité atomique annoncée, rapidement, ces deux atomes personnifiés semblent créer une molécule diatomique dont l'énergie cinétique la fait se déplacer dans tout l'espace de présentation. Par une interaction invisible, mais très tangible, ils se déplacent laissant des traces sonores par leurs bottes sur le plancher. Leurs tracés semblent aléatoires, mais comme les ondes, ils semblent échapperà nos sens, mais pas nécessairement à notre intuition. La dualité exprimée du propos intéresse et les déplacements captivent. J'en ressens la répercussion sur fond sonore de percussion. Au final, une oeuvre assez courte, moins de trente minutes, fort intéressante qui mériterait une version allongée. 

Pause.

À mon retour en salle et à mon siège, je découvre les deux interprètes (Marine Rixhon et Anne-Flore de Rochambeau) qui, de dos, s'expriment de façon synchronisée avec leurs bras. Habillées, elles aussi tout en noir, sauf une touche de rouge pour l'une d'elle, il serait facile, et pourquoi s'en priver, de voir un lien avec la première partie de la soirée. Si la première partie portait sur le lien qui s'établit, "By the skin of your teeth" (ou par la peau des dents en français) illustre le contact à la limite de se rompre. Nous sommes peu à peu amenés jusqu'au moment du déséquilibre ou du moment extrême avant le lâcher prise définitif et de la brisure de cette "Force connexe", conclusion inéluctable d'une cassure chimique. Les gestes pour s'y rendre sont habilement présentés, les propos ("il faut mourrir un peu pour toucher le paradis") et les éclairages qui l'enrichissent le font fort efficacement. Certains experts disent que celui qui s'approcherait d'un trou noir, amènerait à sa désintégration (ou sa perte), comme Icare dans le "Mythe de Dédale et Icare.

Au final, une belle soirée dans cette toujours belle salle Orange du Wilder et qui était sous le signe de la dualité. Deux oeuvres qui sont portées par deux interprètes, deux hommes d'abord et deux femmes, ensuite. Deux oeuvres qui portent sur la dualité de la relation humaine dans une perspective atomique et moléculaire, attraction et répulsion ou liaison ou rupture. Deux oeuvres exprimées sur fond d'ombre et de lumière dont la dualité onde-particule colore le propos chorégraphique. Deux oeuvres qui alternent l'équilibre et le déséquilibre de la matière en évolution. Quoi rajouter sur cette soirée qui a satisfait autant le spectateur de danse que l'ancien de prof de chimie que je suis ? Rien, sauf que vous devriez vous y rendre aussi.