vendredi 25 mai 2018

Sur mes pas en danse: "Les danses de mai-opus 2018" avec des finissant.e.s pourvu.e.s de talent et d'allant

Quelque peu dans l'ombre de la saison des festivals qui se mettent en branle, les finissant.e.s de l'École de danse contemporaine de Montréal (E.D.C.M) nous proposent leur opus final, avant de prendre leur envol. Une soirée déclinée en trois temps qui m'a laissé fort admiratif et surtout fort satisfait.

                                          Photo: Maxime Côté tirée du site de Tangente                                         

Ainsi donc, Jasmine Bouchard, Alexandra Caron, Laurent Chalifour, Nimikii Couchie, Yakhoub Dramé, Pamela Gomez Widman, Pénélope Gromko, Mathilde Heuzé, Caroline Namts, Thibault Rajaofetra, Raphaëlle Renucci, Silvia Sanchez, Cassandra Soenen, Flora Spang et Marilou Théberge, les quinze finissant.e.s se frottent aux oeuvres d'Edouard Hue ("Into Outside"), de Mélanie Demers (("La Meute") et de Manuel Roque ("Crazy Dance"). Et c'est mission accomplie !

C'est de "ma" première rangée, entouré par une salle toute pleine que j'attends le début de la présentation. Une énergie et une sympathie évidentes émergent du lieu. Le moment arrivé, les lumières se font discrètes jusqu'à s'éteindre et nous apparaît "dans son coin" dans la scène, une interprète qui prend possession de notre attention pour entreprendre "Into Outside". Les gestes et les mouvements qui suivront, colorés à mes yeux d'une touche "western" de par les jeux de pieds qui me sont présentés. Présentés comme une exploration sur "les besoins d'appartenance à un micro-groupe", les différents tableaux portées par huit de ces finissant.e.s se font éloquents et fort intéressants. D'abord seul.e et ensuite en groupe avec un rythme croissant, le propos m'a rejoint et satisfait.

Courte pause pour laisser place à l'autre partie de la cohorte finissante qui nous apparaît de front pour entreprendre "La Meute". Si je devais proposer une oeuvre à de jeunes adultes face à la société d'aujourd'hui, voilà l'oeuvre à choisir. De ma première rangée, leurs regards frondeurs, droit dans les yeux, et leurs mouvements affirmés produisent leurs effets. La "logique interne" de l'oeuvre résonne à ce point que lorsque un parent demande à son jeune enfant à la fin de la prestation laquelle des deux œuvres présentées elle a préféré, ce qu'elle venait de voir a été sa réponse. Une oeuvre viscérale qui rejoint et interpelle fort efficacement jeune et moins jeune, donc.

Après un entracte qui permet à tout.e.s de reprendre son "souffle", la "Crazy Dance" interprétée par toute la gang de finissant.e.s se met en marche. La "Crazy Dance" est présentée comme un "unisson" ou plutôt comme un "quasi unisson" parce que dans cette oeuvre fort exigeante la singularité émerge dans une suite de mouvements fort exigeants dans l'effort demandé. Comme si le chorégraphe, Manuel Roque, donnait au suivant, suite à sa prestation "essoufflante" comme interprète dans "Running Piece" de Jacques Poulin-Denis. Et toute cette gang de jeunes a relevé le défi, "haut la main". Une oeuvre exigeante, à ce point que laissée de côté lors de la générale, question de garder ses énergies pour les soirées de représentation (selon mon espion !) qui m'a montré de façon éloquente que l'on peut rester soi-même dans un groupe, peu importe ce que l'on peut vivre.

Une soirée fort intéressante dont le succès, je me permets de le mentionner, à celles qui a agi comme directrice de répétition des trois œuvres, Hélène Leclair qui doit faire en sorte, dans l'ombre que les exigences et l'esprit des œuvres soient, au quotidien, portés sur scène à la hauteur du propos.

Une fin de saison fort belle et surtout prometteuse pour l'avenir.


mercredi 23 mai 2018

Retour sur mes pas en danse printemps-hiver 2018: Des pas riches en découverte avec son palmarès

Ma saison danse a été riche avec une trentaine de propositions, tout horizon, et il est facile de la qualifier de réussie. Très peu, m'ont fait regretter les pas faits pour s'y rendre et souvent mes regrets étaient dus à ma disposition du moment. Dresser un palmarès est un exercice périlleux, mais, le spectateur que je suis s'y lance.

En cinquième position, "Repertoire" avec la Martha Graham Dance Company présenté par Danse Danse. Avec les quatre oeuvres au programme, d'une chorégraphe dont je n'avais rien vu auparavant, le tour d'horizon proposé avait tout d'une rencontre artistique mémorable.

En quatrième position, "Viriditas" de Margie Gillis avec, sur scène, la chorégraphe, Troy Ogilvie et Paola Styron, présenté par l'Agora de la Danse. Juste d'être présent pour ressentir ce que dégage les oeuvres et cette chorégraphe, mérite une place à mon palmarès. Voir danser la chorégraphe et ses interprètes qui sont "en mission" pour nous proposer leur réflexion pour un monde meilleur, me rend meilleur. Et la simplicité et les propos de la chorégraphe, en discussion après représentation, avait tout de la cerise sur le sundae. C'est, définitivement, un moment significatif de ma saison danse.

En troisième position, "Tout ce qui va, revient" de Catherine Gaudet au La Chapelle. Trois courtes oeuvres fort bien portées par trois interprètes brillantes (Sarah Dell'Ava, Clara Furey et Louise Bédard) qui ont fait mouche en moi. En prenant place tout devant, j'ai risqué et j'ai gagné un bec sur la joue de l'une et une remarque percutante d'une autre. Des gestes accompagnés de propos, comme peut le faire si bien la chorégraphe.

En deuxième position, "Bienvenue chez moi, petite Malgache-Chinoise" de Claudia Chan Tak présentée par Tangente. Lorsqu'un diffuseur permet à une chorégraphe de nous faire visiter son "monde" qui s'avère si riche autant par ses racines que par son feuillage, impossible de rester insensible. Autant les souvenirs de voyage, les objets ramenés, que les gestes présentés m'ont rejoint. Un univers riche qui garde une belle place dans ma mémoire.

En première place, mon coup de coeur, "Running Piece" de Jacques Poulin-Denis avec Manuel Roque, présentée par l'Agora de la Danse. J'avais écrit et je persiste, une oeuvre forte qui a touché le coureur-spectateur en moi. Je rajouterais, une oeuvre qui a visé fort juste et qui me suit et me supporte mentalement depuis, dans mes sorties course, en route pour mon prochain demi marathon.

Je m'en voudrais de ne pas décerner quelques mentions spéciales. 

La première, "Résistances plurielles" de l'Agora de la Danse qui autant par son audace à sortir des sentiers battus (jusqu'à un stationnement souterrain avec Mélanie Demers qui ose fort) et son propos multiple qui aurait mérité une place dans mon palmarès. 

La deuxième, "Intérieur brut"de Sonia Bustos en collaboration avec Élodie Lombardo présenté au M.A.I. Ces atrocités vécues par ces femmes mexicaines, elle les a porté avec justesse pour me les faire ressentir. Une cause juste de laquelle il ne faut pas détourner le regard.

La troisième, impossible pour moi de ne pas revenir sur une des deux soirées des finissant.e.s du bac en danse de l'UQAM qui, avec "in_humain.e" d'Ismaël Mouaraki, m'ont entraîné les yeux et l'esprit dans une oeuvre de grande forme forte et "fortement" réussie.

La quatrième, "Seuil" avec Le Patin Libre présenté par Danse Danse. Soirée différente pour l'amateur de danse, mais du tout de patinage artistique (et de ses omniprésents risque de chute). Du patin artistique, agréable à regarder qui permet à cette troupe d'artistes d'être vue et appréciée par un grand nombre. De belles "figures" sur glace qui ne laissent pas "de glace" les spectateurs et moi aussi.

La dernière, pour la reprise de "Dieu ne t'a pas créer juste pour danser" de Marie Béland, présentée dans quelques Maisons de la Culture et qui, encore cette fois, a réussi à rejoindre le public moins familier à la danse contemporaine et qui leur permet d'envisager une prochaine rencontre en danse.

Pour conclure, mon rendez-vous manqué de la saison, "Sutra" de Sidi Larbi Cherkaoui. Est-ce de ma place différente dans la salle, ma réception du moment ou l'oeuvre elle-même, allez savoir ? Mais je n'ai pas "connecté" avec cet univers qui m'a semblé froid et mécanique. Et autour de moi, les réactions ont été fort positives.Comme dirais un de mes petits-fils,fort sage, "c'est la vie" !!!

samedi 19 mai 2018

Sur mes pas en danse: "À l'origine d'une bête publique", prometteuse de ses deux "têtes"

Pour cette sortie danse, je tenais une promesse sur parole donnée. En effet, puisque j'avais raté une présentation publique de leur travail, l'été dernier, je m'étais engagé à y être pour la prochaine fois. Et j'y étais, bien curieux de découvrir ce que ce duo For Fauve (Marilyn Daoust et Laurie-Anne Langis) allait me proposer avec "À l'origine d'une bête publique". Comme cette proposition précédait celle de l'été dernier, j'y trouvais mon compte "chronologique" !

                                Photo: Philip Fortin

Je prends donc place dans "ma" première rangée et je découvre sur le devant de la scène, des peaux empilées qui nous séparaient d'une femme étendue et immobile. Une fois la salle bien remplie d'une foule hétéroclite, propre à celle d'une Maison de la culture (Plateau Mont-Royal), lieu de la résidence de l'oeuvre à découvrir, les lumières se ferment, les projecteurs s'allument et la représentation commence.

Nous assistons à l'éveil de la " bête" qui dans une suite de mouvements fait sortir de son abri "privé" son alter-ego tout au bout du fil ou du cordon tout (et trop, selon moi !) blanc. La suite nous présente , tel un alignement de planètes, deux âmes sœur ou deux sœurs en voie de devenir. Les différents tableaux montrent leur évolution, teintée de leur affirmation. Pourront-elles "couper le lien" ?, telle est la question que je me pose durant. La tension du propos chorégraphique est amplifiée par la trame musicale dont l'intensité augmente peu à peu, de tableau en tableau. Je ressens les défis de leur affirmation individuelle. Et lorsque le moment décisif arrive, je suis comme le fruit mûr, prêt à être cueilli.

Le propos porte à la réflexion, soutenu par des gestes qui les enrobent d'une douceur et d'une efficacité féminine. J'y ai senti une profonde réflexion qui servira de base, solide, à la prochaine fois. Parce que cette bête publique "à deux têtes" qui a du "fauve" en elle, possède toutes les qualités nécessaires pour joindre les gestes avec le propos et faire de nombreux pas sur les scènes.

vendredi 18 mai 2018

Sur mes pas en danse: Retour sur un rituel en fin de saison à Tangente avec "Empathie kinesthésique"

Ma présence à cette dernière proposition de Tangente qui conclu pour moi ma saison danse, Empathie kinesthésique" tenait à différents éléments. D'abord la présence d'Annie Gagnon, chorégraphe d'abord et interprète que je suis avec attention, ensuite pour la nature des deux œuvres au programme et aussi pour ma curiosité pour la kinesthésie (qui concerne la sensation de mouvement des parties du corps), un "univers" assez inconnu pour moi. Je dois quand même admettre que "Night owls" du Collectif CHA (David-Alexandre Chabot et Paul Chambers), j'en avais vu, ravi aussi, une première mouture, il y a un certain temps au Studio 303 et de son évolution, j'étais bien curieux et intéressé.

Photo de Marjorie Guindon tirée su site de "Le Devoir"

C'est donc, à l'entrée de l'Espace Bleu du Wilder qui se remplit fort bien ( la salle sera pleine avec une liste d'attente) que j'attend sagement pour entrer pour prendre ma "place" dans la salle. Cette attente me fait constater que mon intérêt est partagé par une bonne partie de la communauté de la danse, ce qui me rassure, sans que, néanmoins, cela ne soit nécessaire.

Arrive le moment de "scanner" mon billet et de prendre place sur "mon" siège en première rangée. Dès que je prend ma place, je découvre sur un octogone sur le sol deux interprètes qui interagissent sous ce prisme à base carré. La salle se remplit, mais moi mon attention porte sur ces corps (lui et elle) qui se déplacent lentement en se rapprochant de nous, jusqu'au moment que les lumières s'éteignent et que le prisme (bipyramidale à base hexagonale, pour être précis) laisse place à un quatuor d'interprètes (Geneviève Boulet, Sonia Montminy, Arielle Warnke St-Pierre et David Rancourt). Dans ce "Rituel géométrique" qui se met en mouvement j'en sens la figure géométrique au service du mouvement et du message. Les formes géométriques amenées et portées par les interprètes deviennent les cristallites d'une suite de mouvements qui tient, de ma perspective, du rituel. Je suis amené ailleurs en moi, mais impossible de mettre en mots comment la forme des mouvements déforme ma perception de leurs déplacements, là, juste devant moi. Ces objets géométriques captent et déjouent peut-être notre perception de l'oeuvre, mais en restent la pierre d'assise. Ces objets, encore, permettent de devenir la source de notre interprétation lorsqu'ils sont intégrés aux mouvements. Pour ma part, formes et mouvements présentés me ramènent aux sources de ma propre existence en cours. Ce qui me laisse une part de réflexion pour la pause de cette soirée.

Après la pause, je reviens dans les lieux, guidé dans ces lieux devenus sombres pour découvrir "Night Owls". Une fois, l'endroit, soit le plancher du lieu de prestation, bien rempli et la foule devenue silencieuse avec la complète noirceur en place, la rencontre a lieu et elle se décline en trois temps, d'abord l'apparition, ensuite la conversion et en fin de parcours, la révélation tout en haut. Le tout tient du solennel qui sur fond sonore enveloppant débute avec cette être, qui de dos,  nous montre que son reflet lumineux. Et ce reflet se modifie et captive par ses modulations lumineuses et spatiales, dues aux mouvements de cet être (Annie Gagnon). Et arrive le moment de la rencontre. Elle se déplace avec son masque lumineux à la rencontre des heureux élu.e.s. qui adopte la position couchée. La marche s'effectue de façon aléatoire parmi la foule, entrecoupée de conversion. Une fois le nombre suffisant de conversion atteint, elle laisse place à la révélation que couché ou assis nous découvrirons tout en haut. Le spectacle est esthétiquement fascinant.

                                 Photo de David Wong tirée du site de "Le Devoir"

Une soirée qui m'a amené dans un endroit peu exploré de moi même. Une soirée qui clôture fort bien cette saison danse.


mardi 15 mai 2018

Sur mes pas en danse: Une soirée tout horizon au festival "Vue sur la relève"

La saison régulière en danse présente ses derniers pas sur scène et mon bilan pointe son bout du nez, mais la saison des festivals débute en force. Voilà donc pourquoi, mes pas m'ont amené jusqu'au Studio Hydro-Québec du Monument National pour une soirée danse concoctée par le Festival vue sur la relève. Un programme triple, (je pensais !) avec des œuvres de chorégraphes déjà sur mon "radar" de spectateur.. Une soirée qui sera fort bien remplie avec des propositions toutes différentes qui pourraient surprendre le spectateur et voilà pourquoi.

L'heure de présentation arrivée et le hall fort bien garni, les portes de la salle de présentation s'ouvrent. En se rendant à mon siège, sous mes pieds, un grand nombre de ce qui semble des clichés, bien "scotchés" au plancher (j'ai vérifié !), rendant leur rencontre sans danger, sauf pour la curiosité de celui qui se pencherait sans prendre de précaution sur ses arrières !

Je prends place et la salle se remplit et nous attendons le début. Et les lumières se ferment et de la musique accompagnée de chansons débute. Une chanson, deux chansons, cinq au total sans que rien ne se passe sur la scène sinon seulement une parcelle circulaire dont le centre est marqué d'un "X" est éclairé. Moi, comme bien d'autres, scrute le fond de la salle, guettant l'arrivée de quelqu'un, quelque part. C'est fou ce que notre imagination aux aguets peut voir une ombre se profiler. Mais tout à coup "apparaît" une voix, celle d'une femme qui nous l'apprendrons très vite est celle de Marie-Pier Meilleur (la créatrice des clichés sur le plancher). Elle s'ouvre à nous pour nous parler de son besoin de reconnaissance artistique, elle qui dans Google est éclipsée par Marie-Pier Morin. Elle veut son moment de gloire et nous, nous embarquons dans son jeu, jusqu'à participer au jeu "Marie dit", enchaînant applaudissements et ovations à elle dont on ne "voit" que la voix ! Le jeu se termine à la satisfaction de la "maître du jeu" et moi, je reluque une de ses œuvres par terre. Combien succomberont à la tentation, mystère comme pour moi d'ailleurs !!!

Les lumières s'éteignent de nouveau et débute "La mécanique des dessous" de et avec Manuel Shink. Informé en début de soirée, je sais donc que nous aurons droit à une version plus développée que celle que j'avais déjà vue à Tangente l'automne dernier. Durant les moments qui ont suivi, je constate qu'il poursuit son travail pour "préciser" le flou de la frontière des genres. Il le fait en se dévoilant autant par ce qu'il a sur lui que ce qu'il y a en lui. Si les différentes parties ne s'insèrent pas, selon moi, dans une trame narrative qui me semble latente, les différents tableaux eux portent bien et certains sont fort percutants et très esthétiques. Il y a aura une version trois, c'est prévisible et moi j'y serai pour la découvrir.

                                          Photo de Manuel Shink par Denis Martin

Les lumières s'allument au son des applaudissements et quelques instants plus tard débutait, sur un ton fort différent, "Collision" de et avec Hélène Remoué accompagnée par Justine Chevalier-Martineau, Sara Cousineau, Jessica Dupont-Roux, Cara Roy et Gabrielle Roy. "Collision" est décrite, fort justement dans le programme de la soirée comme "une danse féminine et puissante qui se démarque par son aspect fougueux". C'est donc une proposition au rythme soutenu, haletante, dans laquelle, j'ai ressenti souvent l'affrontement entre elles. une intensité sans retenue de la première à la dernière minute enrobée d'une trame musicale (Pierre-Luc Senécal) "hard and loud" qui laisse le spectateur essoufflé à la fin de la présentation. Il ne vous reste qu'à imaginer ce que cela a demandé aux interprètes qui, selon moi, exprime chorégraphiquement très bien "le but ultime du parcours : La liberté" que la chorégraphe leur demande d'atteindre. Pause bien méritée pour tous et sortie de la salle demandée pour préparer la scène de la dernière oeuvre de la soirée, "Dunno wat u kno" de Nate Yaffe/Je suis Julio.

                                         Photo : Flamant

À notre retour dans la salle, nous découvrons une marée de matelas gonflables qui recouvre toute la scène et en divers endroits, des personnages (Angie Cheng, Audrée Juteau et Sonya Stefan) tout aussi déformés qu'inanimés. Et ils le resteront un certain temps, avant que n'émergent de légers mouvements perceptibles par le bruits qu'ils produisent sur les matelas tout de plastique. La suite nous montre ces êtres prendre vie dans une suite de mouvements sans logiques, sinon se déplacer pour prendre une place au milieu d'une banlieue imaginaire dans laquelle le faux et le toc priment sur le vrai. Arrive le moment auquel le peau artificielle est laissée derrière, sans que l'être qui en émerge ne trouve de sens à ses mouvements. Mais, le spectateur est déjoué, puisque, tout à coup, une construction, faite de ces matelas, n'émerge des efforts de ces trois femmes. Et tout à coup tout s'écroule et un raz de marée (de matelas) déferle jusque dans les estrades nous rappelant que personne n'est à l'abri de l'absurdité de la vie. Une oeuvre qui m'a montré une allégorie de besoins artificiels qui nous "botoxent" l'esprit à l'ère de la modernité et de la vacuité de certains de nos comportements. Un moment qui m'a plongé dans une réflexion sur l'absurdité dans et durant les traits temporels durant la présentation de l'oeuvre et bien après en revenant chez moi

                                         Photo: Frédéric Chais

De cette soirée qui a débuté vers 20h00, nous en ressortons passé 22h00 après avoir découvert trois, sinon quatre oeuvres nous amenant dans différentes directions et satisfait des chemins parcourus et des propos matures vus et entendus.

lundi 14 mai 2018

Sur mes pas au théâtre: Avec au Menu "Le doux parfum du vide" avec les "deuxièmes" de médecine de l'UdM

En ce mois de mai bien entamé et avec une mère nature qui commence à ajouter des degrés à son humeur mercurial, mes pas m'ont amené jusqu'à mon Alma Mater (l'Université de Montréal) pour assister à la présentation de la pièce "Le doux parfum du vide" de Pascal Lafond par les étudiant.e.s  de deuxième années en Médecine de l'Université de Montréal. J'y vais parce que la metteure en scène, Fanny Giguère est une connaissance, mais aussi l'invitation par son "menu" était appétissante.



C'est dans une salle remplie à presque capacité que je prend place pour la deuxième et dernière soirée de présentation. Arrivé bien à l'avance, j'apprend par le feuillet de la soirée que "Le doux parfum du vide" sera "rempli" par dix-sept interprètes (Catharine Aaron, Oubada Al Zib, Martine Chamberland, Maude Cossette-Lefebvre, Catherine Desjardins, Michelin Forcier, Richard Godoy, Marianne Goudreault, Mélissa Gougeon, Yara Haddad, Ariane Lambert, Louis Laplante, Florence Ouellet-Dupuis, Jérémie Roy-Allain, Kate Wilson, Guo Ruey Wong et Matthieu Fortin (au piano). J'y apprend aussi que dès de le début de cette aventure théâtrale, la metteure en scène (Fanny Giguère) et le producteur (Joakim Gagnon-Gougeon) ont jeté leur dévolu sur cette pièce pour "le potentiel rassembleur de ce texte à l'humour noir et au propos corrosif" qui leur semblait évident. Je peux déjà annoncer que la suite leur a donné raison.

Situons brièvement le contexte de cette présentation. Pour certaines et certains, il ne suffit pas de se consacrer uniquement à ses études de deuxième année pour devenir médecin. Il faut un "petit" peu plus et utiliser les temps libres pour aller "ailleurs". Donc, pendant près d'un an, ils ont mijoté "avec application" (selon une source bien au fait) leur prestation pour que "l'opération théâtrale" soit une réussite, ce qui a été le cas. Après la présentation d'usage, les lumières s'éteignent et nous commençons à découvrir les "plats". En apéritif, sous le projecteur et le "crochet", une jeune femme, en jaquette d'hôpital, se lance dans un long diatribe de ce que dans sa vie, elle n'a jamais fait. La liste est longue et recoupe, j'en suis certain, la nôtre, jusqu'au constat "d'être passé à côté !". La table était mise !

La suite présente une série de courts tableaux, des tapas, percutants et troublants et très souvent colorés d'un humour grinçant, portés par des étudiant.e.s "allumé.e.s" ! Certains personnages reviennent dans plusieurs tableaux se dévoilant peu à peu à nous leur vraie nature. De ce restaurant "trois étoiles" où l'on sert "banalement" de la viande humaine, de ce "bétail humain" fort humain et consentant à qui il ne faut pas parler, "farci" de cette lassitude  et de la désillusion qui rôdent dans la vie et dont nous serons des témoins. La table est fort bien garnie. Les ingrédients sont parfaitement dosés pour éviter les indigestions. Comment rester indifférent à ce tableau qui ouvre le quatrième mur, mettant les spectateurs en pâture ?

Un texte écrit par un jeune auteur (Pascal Lafond) en 2004, dont la pertinence, aujourd'hui, est encore actuelle qui percute d'autant plus qu'il est porté par des jeunes qui dans quelques années seront celles et ceux qui auront à traiter un poumon ou un cœur et pas du tout accessoirement l'humain qui le possède. Cette rencontre théâtrale me rassure et  résonne d'autant plus en moi qui a terminé, il y a peu, la lecture de "Sapiens, Une brève histoire de l'humanité" de Yuval Noah Harari qui porte, entre autre, un regard sur notre "non préoccupation" envers les conditions de vie des animaux, êtres vivants, qui seront éventuellement dans nos assiettes.

À ces jeunes qui pourraient se la faire facile, je dis merci et surtout bravo ! "Le doux parfum du vide" est tout sauf ce qu'on titre pourrait l'annoncer, soit bien rempli de sens et de promesses.

vendredi 11 mai 2018

Sur mes pas en danse: "Phantom Stills & Vibrations", "Ngii Miigwewinmii iw" troublant de Lara Kramer.

Les grandes manœuvres du FTA ont beau commencer dans un peu moins de deux semaines, il nous propose une première proposition qui commence ce jeudi dans la salle d'exposition du MAI.

"Phantom Stills & Vibration" de Lara Kramer se décline en deux éléments, d'abord une exposition (jusqu'au 10 juin) et aussi une performance (présentées en quelques occasions, soit en plus de ce 10 mai, les 17 et 24 mai et 7 juin à 19h00 ainsi que le 2 juin à 15h00). Le tout prenant appui sur l'expression "phare" "C'est mon héritage" ou "Ngii Miigwewinmii iw", soit celui d'une femme dont les trois générations précédentes ont fréquenté le pensionnat indien Pelican Falls dans le nord de l'Ontario.

Nous sommes invités à une visite les traces des lieux de ce pensionnat maintenant démoli et remplacé par une école secondaire. Elle nous propose sa perspective d'une violence jadis acquise mais dont l'empreinte est encore présente. Et c'est cette empreinte toute aussi invisible que forte, que j'ai découvert avec des images, des objets, des sons et des fragments de témoignages, enveloppés d'une atmosphère forte, malgré l'agitation propre à un vernissage.

                               Photo de Lara Kramer par Stefan Petersen

Le milieu de la salle est inaccessible aux visiteurs, protégé par des bandes de plastique transparentes et ce lieu sera celui où la performance aura lieu, un peu plus tard. Autour, d'abord sur un grand panneau indiquant en langue amérindienne d'abord et en plus gros, mais aussi en anglais et en français, que Lara Kramer nous présente son oeuvre. Plus loin, nous pourrons voir un canoë "rempli" de graines, un reste de grillage, une série de Polaroids du lieu avec elle sur certains accompagnés parfois dans les marges des mots. Il y a aussi un tas de bois coupés, les restes de ce pensionnat, je serais tenté de penser, tout proche, un coin qui a tout du lieu intime autochtone mais aussi, au fond de la place, près de 200 draps pliés (plus précisément 180, si j'ai bien compté) en différentes piles sur deux "colonnes" de bancs, me rappelant les dortoirs d'un pensionnat. J'ai pu aussi entendre dans les casques d'écoute répartis un peu partout dans la salle des sons, et des témoignages sur fond d'eau qui coule ou de gazouillis de bébé. Dans ce coin, qui m'a gardé captif un long moment, la peau d'animal, le porte bébé, le contenant de graines et le pot d'eau tout simple soit-il est fortement chargé en symboles d'intimité et cela me rejoint.

De ces lieux, j'en ai fait un et deux tours, lentement, m'arrêtant souvent, restant sur place et découvrant des détails ratés la première fois. J'ai ressenti pleinement ce que l'objectif de Lara Kramer qui le mentionne dans le feuillet de présentation, Phantom, Stills & Vibration est une oeuvre qui vise à faire sentir aux gens le poids du silence, des fantômes qui hantent toujours le lieu, aujourd'hui reconverti en école secondaire." C'est donc dans un état de réception que je suis prêt à découvrir sa performance accompagnée par Stefan Petersen.

Les lumières s'éteignent et arrive d'abord, lui qui se met à étaler de la "poudre" de différentes couleurs. Il le fait avec application indifférent aux alentours. Arrive ensuite, elle qui prend place dos à nous et reste immobile. Lui, toujours en action, continue à colorer et à déplier ce drap, tandis que elle toujours dos à nous, se met, tout lentement, à une tâche qui nous échappe. L'attente est palpable parmi les spectateurs, certains abandonnent et quittent, mais il suffit de se concentrer pour ressentir les vibrations et d'imaginer les fantômes du passés. Très personnellement, je ressens la détresse intérieure de cette femme et aussi sa détermination à évoluer. Ce qu'elle fera en se déplaçant tout autour, arrêtant pour nous interpeller du regard. Elle le fera juste devant moi et je sens son regard m'interpeller. Arrivera le moment de la rencontre de lui et de elle qui laissera des traces, sans changer le cours des événements, triste constat !!! C'est donc dans une position de repli que le tout se termine.

Voilà des moments qui tiennent plus d'une rencontre expérientielle exigeante que de la performance, du même type que j'avais vécu avec "Native Girl Syndrome" en 2016 de la même chorégraphe. Expérience forte, pas nécessairement agréable, mais essentielle pour bien ressentir ce qu'ont vécu ces hommes et ces femmes traumatisées par notre comportement. Un moment de prise de conscience qui nous permettra, je l'espère, de reconnaître notre responsabilité collective.