mardi 27 septembre 2016

Sur mes pas en danse vers "Pour", un offertoire pour la vie

Pour ma deuxième sortie de ce début de saison en danse tout féminin, après un impressionnant "La Loba", mes pas m'ont porté au théâtre La Chapelle pour y découvrir "Pour" (dans le sens anglais du terme), la plus récente proposition de Daina Ashbee. Le hall d'abord et la salle ensuite étaient "full" remplis pour la première en ce lundi soir, nouveauté intéressante de ce lieu de diffusion.

De cette chorégraphe, j'ai encore en mémoire les deux oeuvres que j'ai vues d'elle. D'abord, "Unrelated" pour laquelle, j'avais écrit "est une souffrance dévoilée, exprimée par des gestes d'auto-violence, par des gestes non aboutis, par des tentatives de prise en charge, mais jamais par la parole. Pour le montrer, elles le font sur un fond blanc tout cru, elles n'ont que le public pour tenter d'obtenir un certain appaisement." Touché et ébranlé en étais-je sorti !

Plus tard, "When the ice melts will we drink the water", solo plus court, mais tout aussi interpellant que sa proposition précédente. Il y a cette femme là, exposée, tout proche de nous dont les gestes trahissait une fébrilité et un désespoir évident. Ayant pour but d'entamer une réflexion sur les changements climatiques, cette "mère nature" a su bien le faire.

Dans ses deux oeuvres, en ressortaient pour moi, d'abord une vulnérabilité crûment exposée, à la merci des autres, face à nous, le regard bien haut, audacieux, pour la première et tout détourné pour l'autre. Il y a aussi cette proximité physique tout à fait assumée. Une si faible distance qui peut briser la fine pellicule de protection de ces femmes pour n'en conserver que l'audace. Des oeuvres viscérales qui m'ont fortement interpellé. C'est donc avec une certaine hâte, sinon une hâte certaine, que mes pas m'ont amené pour la suite du parcours chorégraphique de cette jeune femme à l'âme "audacieuse".


                                          Photo: Daina Ashbee

Avec "Pour", je peux l'indiquer en entrée de jeu, la chorégraphe poursuit dans la même veine, mais en l'ancrant dans "la relation complexe des femmes à leur cycle menstruel", fort justement annoncée comme une oeuvre "alliant force et vulnérabilité", des êtres qui plient, mais qui ne brisent pas. Mais, cette rencontre n'est pas facile, exigeante et interpellante, que l'on soit un homme ou une femme et cela dès le début. 

À notre entrée dans la salle, nous devons prendre notre place dans la pénombre. Nous pourrons entendre à intervalle régulier, le temps que chaque siège accueille son spectateur, le cri ou le chant venant d'une forme humaine que l'on peut distinguer avec effort dans le fond de la scène. Ce chant ou ce cri, tel un appel, se modifiera peu à peu. La salle remplie, les lumières s'éteignent complètement et nous sommes là dans l'attente. Le personnage (Paige Culley, totalement investie du début jusqu'à la fin), s'approche tout à coup de nous, soit juste en face de moi en première rangée. Il fait noir, mais elle est là, prenant possession de notre attention et de notre vision, malgré le peu de luminosité entre nous.

Arrive, le moment, la scène blanche rayonne et nos yeux peinent et vacillent à effectuer la transition. S'en suivra une série de tableaux durant lesquels cette femme, sans défense, exécutera des mouvements ou des cris répétés jusqu'à parfois tester sa résistance et la nôtre aussi. Il a été parfois possible de ressentir cet effet dans la salle autour de moi. Les tableaux étant souvent sans enrobage musical, "cet effet de salle", il est difficile de le rater. D'autant plus vrai pour le dernier tableau qui nous oblige à un certain effort de retenu et qui devrait faire jaser "dans les chaumières" !!!. 

Pour ma part, j'ai été particulièrement touché lors des tableaux durant lesquels, elle m'interpellait (OK !, je sais que je n'étais pas seul, mais c'est tout comme !) avec son regard, les yeux grands ouverts, tout aussi affirmés que vides. Je me sentais visé tout en dedans et de respirer, j'en arrêtais presque.

L'abandon de ce corps féminin aux cycles fondamentaux pour que la vie soit, voilà ce que le spectateur homme que je suis a pu découvrir intensément tout au long de ce "Pour". Les pas de retour m'ont permis de revenir sur terre, comblé !


jeudi 22 septembre 2016

Sur mes pas en danse: "La Loba", lieux de rencontre de tout genre

Pour la première sortie officielle en danse de la saison automne, mes pas m'ont porté dans un lieu inhabituel, soit le 3700 rue Berri qui est habituellement inoccupé, sauf par des gardiens de sécurité qui en assure la préservation pour ... allez donc savoir ! Pour quelques soirées, les lieux seront occupés par les femmes qu'Aurélie Pedron a réuni pour nous offrir "La Loba". Avant d'entreprendre le compte-rendu de mes différentes rencontres, je m'en voudrais de ne pas rappeller que cette chorégraphe m'a, dans le passé, amené dans son antre dans "Entre" qui était une rencontre les yeux fermés avec les mouvements de l'autre qui sont devenus les miens. Il y eu aussi "INDEEP" que j'ai eu la chance de découvrir et qui m'a permis de voir évoluer une dizaine de jeunes, les yeux fermés, dans un environnement qui confondait le tout et je me souviens encore des mots que m'avait inspiré mon incursion. "Là dedans, bien profondément en dedans. Là où l'intimité se fond avec l'autre, le moi devient le toi, sinon l'inverse. Pour cela merci beaucoup". Inspirant n'est-ce pas ?

C'est donc sans hésitation que mon billet fût rapidement réservé et que le moment de rencontre avec "La Loba" attendu avec fébrilité. Parce que les rencontres qu'elle me propose me laissent des traces. Et comme l'annonce fort justement le feuillet remis par Danse-Cité à l'entrée, "Bienvenue à une expérience unique en son genre ! Le spectateur compose librement son parcours (ce qui rend l'expérience d'autant plus unique). Belle aventure."

Me voilà donc, à l'entrée, dûment inscrit, dans ce lieu attendant les instructions. Nous sommes quelque uns et attentifs, ces instructions s'avèrent claires. Il y a une carte des lieux dans le feuillet qui nous permet d'arpenter les lieux et de nous diriger vers les portes ou les entrées pour les rencontres. Avec son enthousiasme communicatif, Maud Mazo-Rothenbühler, nous présente les quelques règles du jeu pour les 3 prochaines heures, avant de nous inviter à aller de l'avant vers les propositions chorégraphiques d'Aurélie Pedron, reine des micro-performances. Je serais tenté de la corriger en ajoutant le terme incontestée, pour en faire une description plus complète, soit une reine incontestée de la micro-performances. Le débat est ouvert !

Pas le temps de le compléter ce débat, parce que le monde "La Loba" s'ouvre à nous, tout en asymétrie et surtout sans toutes les règles définies. Certaines "rencontres" seront pour une seule personne à la fois, d'autres pour un nombre très limitées, d'autres aussi seront le fait de rencontre et enfin d'autres pour un public, un peu plus nombreux. Je ne pourrais pas parler pour les autres, mais moi, il m'a fallu un certain temps pour établir mes repères et pour commencer à avoir des pas moins frénétiques. Tel un fantôme longtemps enfermé dans son placard, j'ai parcouru les corridors cherchant les rencontres. Et les rencontres furent riches, intrigantes et surtout tellement différentes. Des rencontres qui s'ancraient surtout dans la matière, telle que la terre, l'eau, la glace, l'air et tellement plus. 

Des rencontres avec des femmes qu'il me fallait découvrir avec mes sens et la patience de prendre mes repères. Pour mieux vous faire comprendre, rien de mieux qu'un exemple. L'heure arrivée, je rentre seul dans la pièce et je m'installe sur le matelas, attendant. De l'autre pièce, par la porte, un "spot" lumineux me révèle l'arrivée d'une femme qui viendra jusqu'à moi, dans une rencontre qui amène mes émotions là, dans ma gorge. Il y aura aussi les quelques rencontres qui me demanderont de prendre le temps pour saisir ou pour tenter de saisir, qui est-elle ? D'autres fois, si le personnage est là, bien là, il me faudra du temps pour tenter. par ses gestes, de tenter d'en cerner les contours, souvent en vain, je le concède. Mon plaisir se révèlera dans la recherche et non dans la finalité de la découverte. 

Arrive le moment. Mes pas arpentent les corridors, enfin plus calmes, acceptant les limites de la perception de l'autre et prenant le temps et acceptant mes limites. Mes réponses à qui est-elle restent incertaines, mais n'en est-il pas de même dans notre vie ? Il en reste que cette fenêtre temporelle de trois heures, je l'ai trouvé bien courte. Parce que dans ce lieu, j'y serais resté toute la nuit, mais 22h00 sonnant, vers la sortie, je me suis dirigé. Et encore troublé, mais satisfait  par ces rencontres, mes pas m'ont ramené à la maison. 

Merci Daniel (Soulières), Aurélie (Pédron), Ariane (Boulet), Marie-Claire Forté, Rachel (Harris), Audrée (Juteau), Catherine (Tardif), Alexane (Tremblay), Karina (Champoux), Annie (Gagnon) qui m'a réconforté au bon moment, Karina (Iraola), Linda (Rabin), Anne (Thérault) et Lucie (Vigneault), sans oublier tous les autres artisans de l'ombre, pour ces moments de rencontre qui me laisseront des traces. 

dimanche 18 septembre 2016

Sur mes pas en danse au Festival Quartiers danse: Deux oeuvres intéressantes de la Ottawa Dance Directive

C'était il y a quelques jours, toujours de ma première rangée dans la belle Cinquième Salle de la Place des Arts, j'allais découvrir deux oeuvres de la compagnie Ottawa Dance Directive, dans le cadre du Festival Quartiers Danse. Je dois avouer que si mes pas m'ont porté en ce lieu, c'était en grande partie parce qu'une des oeuvres oeuvres présentées était celle de Mélanie Demers. Après avoir raté "Would" de cette chorégraphe que j'apprécie beaucoup, pas question de récidiver par mon absence. Et cela s'est avéré une excellente décision et pour deux raisons, soit les deux oeuvres présentées et voici pourquoi.

D'abord, en levée de rideau, " The Eventual De-Expression of RGS2" de Yvonne Coutts, directrice artistique de la compagnie. Sont présents sur scène, Kay Kenney, à la danse avec son corps et Jesse Stewart, à l'interprétation musicale, avec tout ce qui semblait être une caisse claire d'une batterie. Il semble évident, dès les premiers moments, que cette caisse claire ne sera pas utilisée de façon classique avec ce fil qui le relie au loin avec le musicien. Cette relation ambigue ne sera pas la seule à laquelle nous assisterons, parce que très vite, une question émerge en moi, Mais qui sont-ils et quelle relation les réunit sur cette scène ? L'un par rapport à l'autre, en apparence dans des univers parallèles, ces deux êtres interagissent et leurs mouvements en témoignent. Pour mieux y voir clair, j'en retiens une phrase tirée du feuillet dela soirée et qui me semble fort juste, "The Eventual De-Expression of RGS2 évoque la nature de l'expression génétique et de l'influence de l'environnement." Et pour cette oeuvre, cet environnment s'est incarné principalement en musique, mais aussi avec un tapis vert d'espoir.

                                          Photo de Ben Welland

Pause de quinze minutes et c'est "Mere Human" de Mélanie Demers, incarné par cinq interprètes (Jasmine Inns, Kay Kenney, de retour, Marilou Lépine, Simon Renaud et Riley Sims). Cinq personnages dans une oeuvre toute colorée Mélanie Demers. Une oeuvre qui se projette vers nous. Une oeuvre qui nous montre une génération qui ne peut vivre que par les yeux des autres. Lorsqu'elle s'exprime sur ses relations et ses besoins, c'est vers le public que le verbe et le geste se dirigent. Le spectateur quelque peu attentif observera que de ces cinq "jeunes" nouvelle génération, il y en aura que trois qui parleront, tandis que les deux autres montreront une solidarité de présence et de gestes. Le dépouillement ou leur changement de leurs vêtements illustrent bien comment aujourd'hui l'intime est mis sur l'autel de l'oeil du public. Encore une fois et d'une façon très éloquente, Mélanie Demers concrétise son MAYDAY, qui se veut faire des "appels au secours et une invitation à la transformation.". Pour cela, l'appel se doit être fort, question de percuter de plein fouet notre indifférence et "Mere Human" avec la complicité de ses interprètes le réussit très bien.

                                         Photo de Ben Welland

Voilà une façon différente de répondre à la question du panel auquel j'assisterai quelques jours plus tard, soit, "Quand l'art devient-t-il social ?"




samedi 17 septembre 2016

Sur mes pas d'auditeur à la Tribune 840: quand la danse ouvre au monde

Dans le cadre du festival Quartier Danses, la Tribune 840 (adresse de la faculté de danse de l'UQAM), proposait une table ronde, ouverte à tous, dont le titre était "Quand l'art devient-il social ?"

Chacun peut se faire une idée à partir du titre de ce qui sera dit durant cette heure et demie. En entrée de jeu, je peux dire que j'ai été déjoué, mais cela ne veut pas dire que j'ai été déçu du contenu des présentations et des échanges qui en ont suivi. Tout au contraire et voici pourquoi.

Avant d'aller dans le vif du propos, je me permettrai une petite mise en situation. Il y a encore sur certains grands écran de Montréal (dont le Cinéma Beaubien) un film documentaire, "Demain" qui porte un regard sur les initiatives locales tout autour du globe pour rendre notre monde "meilleur". Un observateur quelque peu sceptique pourra toujours dire, qui cela peut-il intéressé ? Et bien, les sceptiques seront confondus, puisque ce documentaire est à l'affiche pour une 17e semaine. Dans le monde cinématographique actuel, cela relève du miracle, mais surtout montre l'intérêt d'un grand nombre de nos concitoyens pour découvrir comment il est possible d'aller "dans la bonne direction".

Prendre le temps et les énergies de changer le monde une personne à la fois ou un quartier ou une ville à la fois et surtout comment, voilà ce que proposait cette Tribune 840.

Animée et dirigée par Nayla Naoufal, trois invités ont présenté des initiatives en ce sens qui utilisait la danse. Tim Casson l'a fait dans une ville de Leeds en Grande-Bretagne, avec des gens de tout genre, Élise Hardy l'a fait, elle dans deux prisons de femmes, une à Lima au Pérou et une autre ici à Montréal, tandis que Manon Hotte l'a fait en Suisse avec des jeunes et des adolescents.

Difficile de mettre en quelques mots, le détail de ces projets présentés, mais comme le documentaire "Demain", il est possible de constater que peu importe la façon, il est possible de prendre chacun et chacune, qu'ils soient enfants, adolescents, prisonnières, immigrants ou citoyen "bien ordinaire" pour les amener à se mettre en mouvement et surtout aller de l'avant dans leur vie. Gagner une estime de soi et comprendre que l'autre peut être un appui, voici deux illustrations que ces exemples montrent. Le tout n'est pas sans difficultés et embûches et les formules peuvent différer, mais porté par des intervenants compétents et dévoués, cela peut aller loin. Il a aussi été possible d'apprendre qu'à Montréal, l'organisme "Quartier-Danse" depuis quelques années, faisait des interventions auprès de personnes gravement malades en milieu hospitalier.

Mais qui sait tout cela ?  Pas moi en tout cas, jusqu'à cette présentation devant une cinquantaine de personnes. Il me semble que cela mériterait bien une plus grande diffusion, nous en avons grand besoin pour garder espoir en notre humanité. Pour ma part, tellement heureux d'avoir pu y être et cela me rappelle que mon rôle d'enseignant peut être plus que de transmettre des notions (chimiques), parce que devant moi, il y a des jeunes êtres humains tous différents, mais qui veulent être capable d'affronter les grands défis qui nous attendent tous. Ils devront le faire avec détermination et espoir, chacun à sa façon. De cela, j'en prends bien note et merci à vous, le département de danse de l'UQAM et Festival Quartier Danse.

jeudi 15 septembre 2016

Sur mes pas danse au Festival Quartier danse "dehors": un inspirant "Children of Chemistry"

C'était annoncé, le tout débuterait avec un peu en retard et moi qui là jouait serré, cette sortie danse. Par conséquent, à défaut de voir de deux oeuvres, cela a été qu'une, ce qui est quand même mieux que zéro, vous admettrez ! Et celle-là, je ne voulais pas la rater, parce que malgré les quelques possibilités que le festival m'offrait, c'était ce soir ou jamais, un "last-call" !

                                         Photo tirée du site FB du Festival

Et quelle était cette oeuvre, me demanderz vous et pourquoi surtout ? Il s'agissait de "Children of Chemistry" de Sébastien Provencher. Comment le professeur de chimie que je suis, pouvais la rater une deuxième fois, parce qu'elle a déjà été présentée en salle, il y a quelques temps et moi, je n'avais pas pû m'y rendre. En entrée de jeu, je dois indiquer qu'il y a longtemps que pour moi, le sens d'une oeuvre (mon interprétation, devrais-je prudemment ajouter !) ne s'est pas autant imposée si fortement. Il semble que le chorégraphe, dont je sais qu'il a eu la chance de suivre des cours de chimie, n'a pas mis une dose homéopatique de cette matière dans sa création et je ne parle pas du titre ici. Rarement, donc le sens d'un oeuvre s'est imposé instantanément en moi et que mon crayon, qui m'accompagnait avec bonheur pour l'occasion, a été très actif. Pour tenter de mettre en mots ce que j'y ai vu, j'utiliserai un vocabulaire chimique, mais rassurez-vous, vous devriez pouvoir me suivre.

De façon globale, l'oeuvre est faite en deux parties telle une réaction chimique. Le tout débute avec un état initial qui passera par un état de transition pour permettre de passer de l'autre côté de la flèche (de l'équation chimique) pour produire un état tout à fait différent qui reviendra à un état initial plus calme à la toute fin.

Ainsi donc de cinq danseurs (Alexandre Morin, Gabriel Painchaud, Abe Simon Mijnheer, Jossua Collin, Jean-Benoit Labrecque) habillés de noir, de beige et de blanc, espadrilles aux pieds, sont immobiles au départ, face à une partie du public, dos à une autre partie (dont moi), mais sans conséquence sur le plaisir d'y être. Le tout débute par des mouvements de bras et de la tête, néanmoins perceptibles de derrière, les mouvements deviennent plus importants, la réaction chimique s'enclenche. Les jambes se mettent à bouger et s'en suit des déplacements, d'abord assez lents pour ensuite s'activer de façon synchronisée. Mais comme tout bon système, les danseurs, telle de la matière, d'abord subtilement, mais par la suite plus clairement, perdent de leur cohésion pour se particulariser.

Le processus est en marche et arrive le moment  le tout passe par un état de transition, habilement imaginé par le chorégraphe, permettant de passer de l'autre côté de la flèche. De beige/noir/blanc, la transition est évidente avec les vêtements qui sont maintenant un bas de maillot rouge avec un casque de football de même couleur. Le tout est en pleine ébullition de mouvements, la réaction s'emballe pour dévoiler la nature des personnages, "parce qu'un gars, c't'un gars" serait-on tenter de penser. Mais leur nature amphiphile (terme utilisé pour définir une molécule qui a double personnalité, tels les savons), reprend ses droits. Le tout se termine avec une accalmie qui s'illustre par l'amalgamation des corps, une fois toute cette énergie cinétique dégagée, à coup de contacts, de charges brutales, presqu'animales.

                                          Photo: Jean Riendeau

Comment conclure sur une illustration aussi évidente de la chimie mise au service d'une oeuvre chorégraphique sur le thème de l'identité, déclinée au pluriel. Thématique que le chorégraphe utilise habilement pour concevoir ses oeuvres. Pour ma part, j'en suis encore bouche bée et heureusement que mes doigts, comme mes pas, ne sont pas dans le même effet. Il en reste que c'était une oeuvre audacieuse qui sur une place publique (Place Émilie-Gamelin) a su satisfaire le nombreux public présent qui n'était pas seulement des férus de chimie.




mardi 13 septembre 2016

Sur mes pas en danse au Festival Quartiers danses; le spectateur est satisfait de la diversité présentée

Un peu plus disponible pour le festival "Quartiers danses" cette année, mes pas devaient choisir entre deux destinations qu'on leurs proposait en ce lundi soir. D'une part, des projections de courts-métrages sur la danse à "mon" Cinéma Beaubien et d'autre part, un programme triple de danse, en chair et en os, sur la scène de la Cinquième Salle de la Place des Arts. Mes pas ont hésité, ma tête, elle aussi, mais vers la Place des Arts, je me suis dirigé. Peut-être, et je l'espère, les courts sur support physique seront peut-être représentés une autre fois.

Ainsi donc, dans cette belle petite salle, appropriée aux prestations intimes, j'ai eu l'occasion de découvrir trois prestations, sous le vocable "Relève d'ici I" qui nous présentaient chacune à sa façon des univers très personnels devant lesquels il était impossible de rester indifférent.

En début de soirée, "UnCOVERED woMAN" de et avec Julia B. Laperrière dont j'avais apprécié la prestation dans sa toute récente création , "Box.in" avec Sébastien Provencher dans la Zone Homa. Cette artiste semble s'intéresser à la question d'identité et cette fois, la description s'ouvre avec "Parlons de Femme, de Religion et de Résistance, trois enjeux, ..." Il sera effectivement question de la femme et pour nous la présenter dans un vingt, mais intense minutes, elle le fait dans trois tableaux captivants. D'abord, tout son corps est dans un cocon de tissu, mais l'oeil ouvert pourra découvrir sur l'écran derrière, la projection de deux ailes qui sont déployées. Comme quoi, soit qu'il ne faut pas se fier aux apparences ou que l'esprit peut avoir des libertés que le corps ne peut avoir. Pour moi, un des tableaux forts de la soirée et ça ne fait que commencer. Par la suite le corps se libère, se dénude, sans toutefois permettre au visage de se présenter à nous. Vous dicterez bien vos lois, prendrez possession de mon corps, mais moi, ma pensée, mes yeux, mon sourire, vous resteront inaccessibles, protégés par mes cheveux ou par un sac. La démonstration est rehaussée par le silence ou par deux plutôt qu'un "Ave Maria" fort habilement utilisé. Ouf !!!! La leçon est forte et le questionnement annoncé fort bien amené. Je m'en voudrais de ne pas souligner la beauté du titre qui selon que l'on regarde les majuscules du titre ou le tout, montre les contradictions que la vie moderne nous présente. Merci Julia.

                                          Photo:  Nuphar Blechne

Petite, mais essentielle pause, avant que les rideaux et les lumières s'ouvrent sur un homme, là dans le coin de la scène, tout de beaux habits vêtus. Ainsi débute "Titanomachie" de et avec Louis-Elyan Martin qui nous propose une "transposition de la thématique et de l'imagerie du mythe de Prométhée dans notre société postmoderne". Dans le propos chorégraphique, on ressent l'audace de ce titan grec qui osa affronter Zeus et provoquer son courroux. Si l'histoire est un éternel recommencement, il faut parfois se laisser aller à espérer, parce que Prométhée  n'est pas Sisyphe. Par cette quête, tout en gestes de grandes éloquences et sa conclusion, le spectateur pourra se permettre à espérer en des jours meilleurs. À toi aussi merci Louis-Elyan !

                                          Photo: Romain Lorraine

Autre et dernière courte pause, avant que la scène toute vide, soit remplie de bouchons de bouteille de bière, gracieuseté de Marie-Ève Dion, Myriam Foisy et Jean-Benoît Labrecque Gilbert, du Collectif S'Enfarger. Ce collectif qui se qualifie de garage nous propose "Tabouteillé" qui en fin de programme se veut sur un ton absurde, avec une touche ludique. Si de façon fort évidente, nous sommes ailleurs, dans un garage, la suite des gestes, parfois proches du quotidien, méritent amplement leurs présences sur cette scène. Le tout est harmonieux et captivant et les jeux de mains ne sont pas toujours des jeux de vilains. Une belle façon de finir une soirée danse.

                                          Photo: Aurore B. Picture

Une première de deux soirées en salle à ce Festival qu me fait désespérer sur l'engorgement de mon agenda, parce bien d'autres propositions prometteuses resteront en plan. Prochaine fois, au même endroit avec deux oeuvres dont celle de Mélanie Demers qui se présente par une question simple, "Qui sommes-nous ?". Je souçonne que la réponse sera un peu plus de gestes compliquée. À suivre donc !

dimanche 11 septembre 2016

Sur mes pas de coureur dans un 15 kilomètres dans la noirceur

Le spectateur que je suis, "court" régulièrement vers les différentes salles de spectacle qui lui permettront de lui ouvrir les yeux et l'esprit à d'autres dimensions avec des oeuvres . Mais en ce samedi soir, mes pas m'ont porté dans le Parc Maisonneuve pour participer à "la Course lumière" organisée par MEC et l'Association sportive des aveugles du Québec. Cette course, solidarité oblige avec les non-voyants se passe dans la noirceur des sentiers du Parc Maisonneuve. Si moi, j'ai été seul à avoir le "plaisir" de courir seul pendant  quinze kilomètres dans les sentiers non éclairés de ce parc, d'autres ont eu la chance d'avoir un guide. Bon OK, dit comme cela, ça semble drôle parce que d'être non-voyant ou mal-voyant dans sa vie présente mal la situation. Mais au moins cette fois, ils pouvaient compter sur une autre personne pour aller de l'avant, espadrilles aux pieds dans une vraie course. Moi, juste à côté, je ne pouvais qu'apprécier et en témoigner maintenant.



Donc, juste avant que l'automne fasse valoir ses droits tout légitimes, dans une soirée qui se devait être orageuse, mais qui fût somme toute très calme, je me suis élancé, un peu fébrile, pour mon premier quinze kilomètres de course officiel. Autour de moi, la bonne humeur règne pendant que la noirceur prend possession du parc. Il y a l'échauffement officiel qui permet de se préparer au "go". S'en suit les quelques minutes fébriles d'avant départ.

Le départ est donné et je m'élance pour trois boucles de 5 kilomètres dans ce parc que je croyais connaître. Les premiers kilomètres sont achalandés de coureuses et coureurs déterminés à se rendre au fil d'arrivée. Moi, je "navigue" en contournant les autres participants, en évitant les obstacles du parcours qui se présentent sous la forme de trous ou de flaques d'eau et en suivant les flèches qui m'indiquent la direction à suivre. Mon rythme est prudent, il faut que je me rende jusqu'au bout, mais déterminé. Une fois la première boucle complétée en 27 minutes et le repérage fait, je devrais pouvoir tenir le coup jusqu'à la fin, intact ! Ce qui fût le cas, je vous rassure.

Deuxième boucle, durant laquelle, je dépasse, sans me faire dépasser, malgré mes hésitations à certains endroits. 54 minutes est inscrit sur l'afficheur de fin parcours que je contourne parce que pour moi, un dernier 5 kilomètres m'attend. Je sors de ma zone de confort, mais je suis tout à fait décidé à aller jusqu'au bout. Comme un signe venant du ciel, des pas se font entendre derrière moi, des pas qui me donnent la cadence et qui sans jamais me dépasser, resteront derrière moi, juste là. Toute bonne chose ayant une fin, la station de rafraichissement ralentira ces pas d'un ou d'une inconnue, mais pas moi "chameau" que je suis. Le relais, durant le treizième kilomètre me viendra de deux coureurs que je rejoindrai et que je dépasserai. Un des deux tentera bien de s'accrocher durant quelques centaines de mètres, mais peine perdue, je suis déterminé à finir seul. Et seul, j'ai terminé, dans un sprint (bon OK, le terme est un peu exagéré !) pour terminer en moins d'une heure 22 minutes, "chip time". À bout de souffle, mais tellement satisfait de m'être surpassé (selon mes critères) après toutes ces sorties estivales d'entraînement. Aucune photographie ne pourra témoigner de ce moment, mais est-ce nécessaire ?

Courir permet d'atteindre un état de bien-être, grâce à nos propres endorphines, et difficile de mettre en mots ce bien-être. Bien-être que j'ai aussi face à des oeuvres chorégraphiques tout en mouvement que j'ai la chance de découvrir lors de mes autres sorties avec mes pas de spectateurs. Le tout étant dans le tout, mon bien-être est fait de ce tout, ainsi en va ma vie.